L’accès à l’eau, un droit universel

En 2006, s’est tenu à Mexico, le 4ème forum mondial de l’eau sous l’égide de Vicente Fox. Le Président mexicain a tiré la sonnette d’alarme sur l’urgence de mettre en œuvre des politiques en faveur de la protection des ressources mondiales. 2009, c’est au tour de la Turquie à Istanbul d’accueillir plus de 20 000 participants pour ce nouveau sommet mondial. Alors que la population mondiale doit augmenter de deux milliards d’habitants d’ici à 2025, les experts prédisent que les ressources en eau se réduiront d’un tiers par personne ces 20 prochaines années.

 
1,2 milliard de “ sans eau potable ”

Même si l’on ne cesse de réaliser des progrès importants et si «à l’échelle de la planète, les ressources en eau douce sont importantes», le rapport du Programme conjoint OMS/UNICEF de surveillance de l’approvisionnement en eau, estime que 1,2 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à des ressources suffisantes en eau potable et quelque 2,6 milliard n’ont pas accès à un service d’assainissement de base. Ces personnes font partie des plus pauvres au monde et plus de la moitié d’entre elles vivent en Chine ou en Inde. Par ailleurs, un quart de ces populations vit dans des pays frappés par la guerre, l’Irak, Gaza, le Sri Lanka, la Somalie. Selon le rapport, la situation actuelle s’explique principalement par «les mauvaises pratiques de gestion, la corruption, l’absence d’institutions appropriées, l’inertie bureaucratique et la faiblesse des investissements dans les domaines des ressources humaines et des infrastructures physiques». L’Amérique Latine dans son ensemble est un bon exemple pour illustrer l’état de la situation. Bien que possédant 20 % des réserves mondiales d’or bleu, 77 millions de ses habitants n’y ont pas accès.

Les enjeux humains

Une eau de mauvaise qualité joue un rôle clé dans les mauvaises conditions de vie et les grands problèmes de santé du monde. Les maladies diarrhéiques et le paludisme ont tué quelque 3,1 millions de personnes dans le monde en 2002. 90 % de ces victimes étaient des enfants de moins de cinq ans. On estime que quelque 1,6 million de vies pourraient être sauvées chaque année si l’on améliorait les conditions d’accès à l’eau potable, les services d’assainissement et l’hygiène.
La qualité de l’eau est de moins en moins bonne dans la plupart des régions. Les chiffres montrent que le nombre d’espèces d’eau douce est en recul et que les écosystèmes d’eau douce se détériorent rapidement, souvent plus vite que les écosystèmes terrestres et marins.
Les catastrophes naturelles sont de plus en plus nombreuses et 90 % d’entre elles sont liées à l’eau. Elles sont la conséquence d’une mauvaise utilisation des sols. La sécheresse dramatique qui progresse en Afrique de l’Est où l’on a procédé à des abattages d’arbres à très grande échelle afin de produire du charbon de bois et du bois de chauffage en est un exemple tragique. Le lac Tchad, en Afrique, a perdu près de 90 % de sa superficie depuis les années 1960, principalement à cause du surpâturage, de la déforestation et de grands projets d’irrigation non durables. Deux personnes sur cinq vivent aujourd’hui dans des zones susceptibles d’être inondées, notamment du fait de l’élévation du niveau de la mer. Les pays les plus exposés sont le Bangladesh, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Pakistan, les Pays-Bas, les Philippines et les petits États insulaires en développement. Le rapport insiste sur le fait que les changements climatiques ne feront qu’aggraver cette situation.
La population mondiale aura besoin de 55 % de nourriture en plus en 2030, ce qui se traduira par un recours plus important à l’irrigation, qui représente d’ores et déjà près de 80 % de l’eau douce consommée par les hommes.
En 2010, la moitié des êtres humains vivra dans des villes, petites ou grandes. En 2030, la population urbaine comprendra quasiment les deux tiers de la population mondiale, ce qui entraînera une hausse vertigineuse de la demande en eau dans les zones urbaines. On estime que 2 milliards de personnes vivront dans des bidonvilles, or c’est la population pauvre des zones urbaines qui souffre le plus de l’insuffisance des approvisionnements en eau salubre et des installations d’assainissement.
Dans les pays en développement, plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des formes d’énergie fiables. L’eau est une ressource cruciale en matière de production d’énergie, cette dernière étant à son tour essentielle au développement économique. L’Europe utilise 75 % de son potentiel d’énergie hydraulique, tandis que l’Afrique, dont 60 % de la population n’a pas accès à l’électricité, n’exploite que 7 % de son potentiel.
Dans de nombreux endroits du monde, on estime que pas moins de 30 à 40 % des ressources en eau ne sont pas comptabilisées à cause des raccordements illégaux et des fuites dans les canalisations et les canaux.
Bien que l’on ne dispose pas de chiffres précis, on estime que la corruption coûte chaque année des millions de dollars au secteur de l’eau et qu’elle nuit fortement à l’approvisionnement en eau, en particulier à destination des plus pauvres.
Bataille pour la confiscation des ressources en eau.
Alors que chaque jour, 30 000 personnes à travers le monde meurent de soif, les multinationales (Suez, Vivendi et autres..) implantées dans plus de 90 pays tissent leur toile en déployant leurs schémas de privatisation, profitant du manque de moyen des Etats, ou de la complicité de leurs dirigeants. Peu à peu, ces géants confisquent des ressources naturelles gratuites au détriment de populations en créant un droit payant d’accès à l’eau. Les ONG nombreuses à Istanbul sont venues dénoncer un “Forum Business”, ce qui a déjà conduit quelques militants dans les geôles turques…La fondation France-Libertés de Danielle Mitterrand milite depuis longtemps pour le retour de la gestion de l’eau dans le domaine public en clamant haut et fort que : «l’Eau n’est pas à vendre».
Un expert à l’ONUCet expert, c’est Catarina de Albuquerque. «Mon travail consiste à inscrire l’accès à l’eau potable et à l’assainissement sur l’agenda politique de l’ONU dans le but d’en faire un droit de l’homme. Il faut obliger les Etats à se préoccuper de ces questions», explique cette avocate portugaise. «Mon mandat est limité», reconnaît-elle. «Mais les Etats ont déjà certaines obligations en matière de droit à l’eau, c’est un premier pas. D’autre part, je vais m’attacher à relever les pratiques sur le terrain. Dans les pays où il y a des problèmes, il y a aussi des solutions.» Et de citer le Costa Rica, qui tente de pallier le problème de la pollution des eaux par les pesticides en créant des plantations d’ananas écologiques. De même l’Afrique du Sud, où la Cour suprême a interdit un système d’accès à l’eau à prépaiement.

 

Avis d’écologiste

Si la fin du XXème siècle a été marquée par des guerres liées au pétrole, le XXIème verra malheureusement naître des conflits liés à l’eau qui a joué un rôle déterminant dans 37 guerres ces 60 dernières an-nées. D’ici à 2025, les deux tiers de la population mondiale manqueront d’eau. Les changements climatiques vont aggraver la sécheresse et provoqueront des flux migratoires importants, sources de conflits entre continents et peuples. Si l’Europe a lancé une réflexion sur le “bouquet énergétique” dont le rapporteur est la Tarnaise Anne Laperrouze députée Européenne MoDem, il serait temps de mettre en route une gouvernance sur la gestion de l’eau et interdire sa privatisation. S’il est un secteur qu’il faut garder dans le giron public, c’est celui-là et cela pourrait être l’un des enjeux des prochaines élections européennes…



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