La France, poubelle radioactive

Sous le titre “Le scandale de la France contaminée”, France 3 a diffusé, malgré de fortes pressions de la part d’AREVA auprès du CSA, le mercredi 11 février un magasine pour le moins explosif. Si l’effet de serre et ses conséquences planétaires font depuis de nombreux mois la une des journaux et ont servi de fil rouge au “Grenelle de l’environnement”, cette émission est venue nous rappeler à la réalité. A force de parler de «gaz à effet de serre» on en serrait presque arrivés à être des inconditionnels des centrales nucléaires (zéro CO²) oubliant presque leurs déchets radioactifs. Les journalistes Elise Lucet et Lionel Deconinck, ont eu le mérite de secouer les consciences.

 
Contamination nationale

La CRIIRAD est un laboratoire indépendant créé en 1986, suite au nuage radioactif de Tchernobyl qui «s’était arrêté aux frontières de l’hexagone…». Il a pour vocation le contrôle des pollutions radioactives, les risques liés au nucléaire ainsi que le respect des réglementations mais aussi, l’information des populations. Cet organisme est doublé d’un laboratoire d’analyse agréé par les ministères compétents. Ce sont les études menées par la CRIIRAD qui ont servi de base à l’émission de FR3. Ce sont des centaines de millions de tonnes de déchets d’uranium ou dérivés qui ont été dispersés sur l’ensemble du territoire dans l’indifférence générale. C’est Gueugnon, localité tranquille de Saône et Loire qui a été sous le feu des projecteurs. Sur le parking d’un stade, le détecteur de radiation d’un spécialiste de la CRIIRAD crépite à tout va. Sur une superficie de 12 hectares, près de 225 000 tonnes de déchets radioactifs ont été dispersés sur un terrain ouvert à tout venant, qui a même accueilli un temps un “parcours de santé”. La ville, qui avait abrité une usine de traitement d’uranium, n’a découvert qu’en mars 2007 qu’elle était victime de cette contamination. La ville de Limoges, elle, aura découvert avec effroi que son eau dite “potable” est polluée en amont de ses sites de pompages par un lac dont les rives ont été remblayées par des déchets hautement radioactifs…

Omerta des pouvoirs publics !

Les mines d’uranium françaises ne sont plus en activité depuis plusieurs années. Mais cette pollution, qu’il s’agisse de “stériles” (minerai trop pauvre en uranium pour devenir du combustible nucléaire) ou d’autres résidus de l’activité minière, peut s’avérer dangereuse à long terme, assurent les enquêteurs de “Pièces à conviction”. Areva (ex-Cogema) soutient le contraire, estimant extrêmement improbable l’hypothèse d’une exposition prolongée évoquée par l’émission. Sa présidente, Anne Lauvergeon, n’a pas souhaité apparaître dans l’émission et a laissé à un porte-parole le soin de répondre à Elise Lucet lors du dé-bat prévu sur le plateau. Au total, selon les enquêteurs du magazine, plus de 300 millions de tonnes de déchets radio-actifs, résidus des 210 mines exploitées en France, ont été abandonnées sans mesure de protection ou de surveillance particulière. L’enquête fait également état de liens étroits entre ceux qui sont officiellement chargés de mesurer la radio-activité dans la nature et les pollueurs.

 

Quelles mesures en urgence ?

Si Jean-Louis Borloo, s’engage à «une meilleure sécurisation des sites», l’on sent bien que le ministre de l’Ecologie ne va pas prendre de décisions trop rapides… En fait, il serait urgent que les pouvoirs publics, les services officiels (Ministères, ASN, IRSN, DRIRE) et l’industriel (AREVA) interviennent. Selon la CRIIRAD il faut mettre en place une politique nationale sur les stériles radioactifs qui sous un terme trompeur cachent une radioactivité pouvant aller de plusieurs dizaines de fois à plus de 500 fois supérieure à la normale. Du fait du laxisme de la réglementation, ces matériaux ont été “recyclés” pendant des décennies et utilisés comme remblais, parfois même pour des écoles, habitations, locaux industriels. Dans beaucoup de cas, les doses subies par le public sont largement supérieures aux limites sanitaires. Sur fond d’enjeu financier énorme, l’Etat et Areva laissent pourrir la situation en refusant de traiter les sites contaminés. C’est ainsi que des enfants, jouent dans des sites dont la radioactivité est supérieure à 100 micro Sieverts soit 100 fois la dose normale comme à Lavoine dans l’Allier… Dans le même temps le Ministère de l’Environnement et l’ASN (Agence Sureté Nucléaire) interdisent la mise en décharge d’ordures ménagères contaminées par des radionucléides à période courte (pratiques médicales) dès lors que le débit de dose au contact dépasse 5 micro Sieverts. Cherchez l’erreur ! Autre sujet d’inquiétude : la pollution de l’eau qu’il convient de cibler en prenant des mesures conservatoires pour interdire les pompages afin de protéger les populations.

 

Avis d’écologiste

Tchernobyl, sang contaminé, amiante, OGM, radioactivité, la liste ne cesse de s’allonger. Nous sentons bien que ce pays glisse depuis plusieurs années lentement mais sûrement vers le non droit et que les intérêts financiers prévalent sur la santé, la sécurité et l’avenir des peuples. Pourtant nous sommes tous confrontés dans nos familles, nos milieux professionnels à une augmentation exponentielle des “cancers”, des problèmes de thyroïdes, etc. Nous savons tous que jour après jour, au travers de nos modes de vie, notre alimentation, notre environnement, nous jouons avec un avenir de plus en plus incertain. Certes, nous vivons plus vieux paraît-il, mais avec Alzheimer, des scléroses, du diabète et autres réjouissances, à grands coups de Chimio, perfusés, gavés de molécules et de chimie. Et si en lieu et place de traiter les effets de nos excès et de notre insouciance, nous nous intéressions aux causes en essayant de limiter les dégâts à la source… Vous avez dit “utopique” ? C’est sûrement cela l’écologie humaniste…



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.