La Colombette, plus qu’un quartier, une commune libre !

Depuis 1944, le quartier de la Colombette est une des communes libres de l’Hexagone. Artère toulousaine historique, reflet des époques traversées par la ville comme en témoigne sa diversité architecturale, la rue est aussi un lieu de shopping, de fête, de tables… Plus de 70 échoppes se suivent le long des quelque 500 mètres que mesure la rue. Village dans la ville, le quartier a son Maire et son garde-champêtre. Son image, son caractère et sa forte identité contribuent au rayonnement de la ville. Comme disent certains habitants, «la Colombette, c’est un peu le Montmartre toulousain.» Reportage.

 

La Colombette

Histoire d’une commune libre

Axe central du quartier Saint Aubin, la rue de la Colombette relie le Boulevard Lazare Carnot au Canal du Midi, et se poursuit après la traversée du Canal par l’avenue de la Gloire menant à Balma. Chaque dimanche, le marché Saint Aubin draine de nombreux Toulousains dans ce quartier historique. La rue a la particularité d’avoir le statut de commune libre depuis 1944. Ce titre, purement honorifique, lui permet d’avoir un Maire et un garde-champêtre. L’idée d’être une entité libre est née au «Bar des deux ânes» aujourd’hui «Café Populaire», émise par des artistes locaux, inspirée par une volonté philanthropique de soutenir les plus nécessiteux en ces temps difficiles de fin de guerre. L’objectif était de récupérer de l’argent pour aider les Toulousains du quartier (et d’ailleurs) à acheter du charbon pour pouvoir se chauffer l’hiver. Au début, les artistes proposaient des spectacles, chacun dans sa propre veine, au «Bar des deux ânes». Très vite, la fête sort du bar pour envahir la rue, et s’élargit avec diverses animations populaires comme un carnaval, des courses d’ânes, l’élection de la Reine de la Commune Libre…Bref, l’initiative solidaire des artistes prend de l’ampleur, s’ouvre et se diversifie pour devenir un événement majeur de la vie toulousaine. Le premier Maire fut Louis Pont, également nommé le chansonnier Durval ou le clown Lélé. Un homme médaillé, décoré aux deux guerres (croix de guerre 14-18, médaille militaire 39-45, palmes d’officier d’académie, mérite social), qui guidera avec dynamisme et passion la Colombette un peu plus de trente ans. Jean-Louis Amade, lui succèdera, puis Serge Terrazzoni.

Tous les ans depuis 1945, la commune fête son statut de commune libre avec une grande foire à vocation «populaire», et chaque manifestation débute par une minute de silence devant la plaque commémorative aux héros de la guerre, au 11 de la rue de la Colombette.  Rendez-vous est pris le week-end de la Toussaint pour conserver l’esprit initial de la fête, à l’entrée de l’hiver, une volonté de perpétrer un mouvement de solidarité dans un quartier pittoresque dont l’âme et l’identité ne vous laisseront pas indifférent.

 

Philippe Ollier

Un garde-champêtre pas comme les autres !

Philippe Ollier est le garde-champêtre de la Colombette depuis deux ans maintenant. Reprenant le flambeau suite au déménagement du précédent garde, il assure cette fonction avec application et dévouement. Rencontre.

C’est avec humour que Philippe Ollier, garde-champêtre de la Colombette depuis deux ans, nous explique : «je ne suis pas responsable des PV distribués dans le quartier !» Voilà, c’est dit ! Très honoré par ce titre, Philippe Ollier arbore fièrement la traditionnelle casquette des garde-champêtres de la Colombette et son manteau, transmis par son grand-père qui était lui-même «vrai» garde-champêtre à Balma. Dans la famille, ça ne s’improvise pas, c’est un peu génétique ! Impliqué depuis quelques années dans le Rest’O Jazz, une table toulousaine qui propose des concerts de Jazz rue Amélie, c’est tout naturellement qu’il «donne un coup de main» pour la programmation musicale de la Foire de la Colombette. Petit à petit les liens se tissent, se nouent, Philippe Ollier s’investit davantage dans la vie locale et finalement se retrouve coiffé de la légendaire casquette. Le poste était vacant depuis un an déjà suite au déménagement du garde précédent. Un flambeau repris avec envie, passion et dynamisme, un flambeau qui selon le garde, «n’implique pas trop de travail, tout de même», il aide à placer les marchands pour la Foire, s’occupe en plus de la programmation, de la production musicale, ce qui lui permet aussi de faire la promotion du jazz, un style musical qui lui tient particulièrement à cœur et qu’il souhaite faire découvrir au plus grand nombre. Comme il le dit : «Ouvrir le jazz à tout le monde».

 

 

Les Communes et Républiques Libres de France

Notre commune libre de la Colombette est la seule de Midi-Pyrénées mais n’est pas un cas unique en France. Leur origine est fortement liée à l’Histoire, aux deux guerres, aux milieux artistiques et aux élans de solidarité de la population qui dans les périodes d’après guerres se serait les coudes. Il existerait environ une centaine de communes libres en France (elles ont souvent un statut associatif), dont cinq Républiques. La plus célèbre d’entre-elles est la République Libre de Montmartre, née un soir d’hiver 1920 à l’initiative du dessinateur humoriste Joe Bridge (de son vrai nom Jean Barrez 1886-1967). Les statuts sont déposés un an plus tard, sa vocation étant de réunir «tous les Citoyens et Citoyennes de bonne volonté qui font le serment de perpétuer les us et coutumes du lieu, de conserver les traditions et les mettre en valeur dans le respect du beau et du bien, de préserver, enseigner les dialectes et patois afin que nul mot ne meure, que nulle harmonie ne se perde, de célébrer la mémoire des personnes et des choses.»

 

Marie-Agnes Espa



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