La carotte ou le bâton ?

Carrot mob

Né en 2008 à San Francisco, le phénomène Carrotmob prend petit à petit de l’ampleur et déploie ses racines jusqu’à Toulouse. Opération coup de poing en faveur de la consommation responsable, ce concept est imposé par le nouveau militantisme. Lassés de l’inefficacité du boycott, ses acteurs ont tenté l’impossible : remplacer la punition par une récompense.

 

«Carrotmob, vient de la contraction des termes «carottes» et «flashmob», explique Florian Guillaume, président de l’association Carrot Community la branche française du concept, «c’est une mobilisation éclair dans un lieu donné, à but éco-responsable.» termine-t-il. La couleur est annoncée, avec la carrotmob on ne rigole pas ! Pot de peinture orange, rouleau de papier kraft, paniers débordant de fanes : une publicité à faire pâlir n’importe qui attire le client vers un lieu de consommation choisi. L’initiative a été lancée par Brent Shulkin, un ancien de Google. Il a été le premier d’une grande lignée de militants à convaincre un commerçant qu’un grand coup de pub lui permettrait de réduire sa facture environnementale. «Aujourd’hui le phénomène s’est mondialisé et des relais existent dans la plupart des pays. L’association Carrot Community propose à tous les groupes particuliers et associatifs de les aider à organiser des événements.» ajoute Florian Guillaume. Le projet entend devenir un véritable levier du développement durable dans sa globalité : «On veut respecter le tryptique écologie, social et économie.»

 Un marché avec le commerçant autour d’une botte de carottes…

 «Pour faire avancer un âne, on brandit une carotte plutôt que d’utiliser un bâton pour le battre.» s’amuse Florian Guillaume. N’importe quel endroit peut devenir le lieu d’une carrotmob : magasin, épicerie, restaurant ou café, l’idée étant que le consommateur y laisse quelques billets. Le commerçant s’engage alors à reverser une partie du chiffre d’affaire obtenu dans un acte éco responsable : restructurer son magasin de manière écologique, acheter des équipements moins énergivores, etc. Si le phénomène est plutôt récent dans l’Hexagone, la communauté est en plein développement et les carrotmobs français ont déjà rassemblé des centaines de consommateurs à chaque fois. «A Paris, nous étions plus de 1000.» ajoute Florian Guillaume, «A l’opposé du boycott et de l’action de contestation, la carrotmob guide les consomm’acteurs vers un lieu choisi : cela devient un buycott car l’achat rend tout le monde gagnant : le commerçant fait un chiffre d’affaire plus conséquent, les clients investissent dans ce qui leur manque et sont à la fois sensibilisés à la cause écolo…» termine-t-il.

objectif : interpeller le consommateur afin qu'il devienne acteur de ses achats

 Quand la ville rose passe au… Orange !

 Morgane Amouyal, étudiante à l’ESC Toulouse raconte : «Nous sommes un groupe de cinq étudiants à l’Ecole Supérieure de Commerce de Toulouse, et portons les premiers projets carrotmob toulousains via notre cursus.» Ils sont unanimes : ce donnant-donnant nouvelle génération est au service de la planète. Le 17 mars dernier, c’est donc une cinquantaine de personnes qui a foulé le sol du Petit Ogre, restau-épicerie bio à Toulouse. Au programme ce jour-là ? Dégustation de produits bio et locaux, musique, ateliers poêlée de légumes, fabrication de dentifrice et de lessive, etc. «Les passants, interpellés par les poteaux transformés en carottes géantes, les affiches oranges et les appels via le mégaphone ont été assez intrigués. » ajoute-t-elle. Sans parler des dizaines de flyers distribués dans Toulouse… Patrice, 41 ans, ne connaissait pas le concept, il a été conquis : «Je n’avais jamais entendu parler des carrotmobs, mais en passant ce jour-là, j’ai été surpris de voir la rue transformée en potager ! Ma curiosité m’a poussé à rentrer dans la boutique et à acheter quelques bricoles.» Le soir venu à l’heure des comptes, le commerçant doit garder en tête qu’une partie du travail de la journée doit être réinvestie. Car cette belle publicité n’est pas gratuite : le gérant doit poursuivre son engagement et consacrer le pourcentage -négocié en amont- à équiper son établissement selon les règles du développement durable. «En moyenne, on parle de 20 à 25 % du chiffre d’affaire. En l’occurrence, le commerçant avec qui nous avons réalisé le premier Carrot va acheter un nouveau frigo (classe A).» Et les héros de la carrotmob font les choses dans les règles de l’art, car un contrat est consciencieusement rédigé et signé des deux parties afin que chacun soit assuré des engagements de l’autre.

Décoration d'une rue à l'occasion d'un carrotmob

 Une alternative au militantisme traditionnel 

 Dans les faits, comment ça s’organise ? Pour l’instant, les initiatives naissent souvent de manière isolées et poussent grâce aux conseils prodigués par la carrot community. Car il faut trouver le commerçant sensible au sujet, prêt à s’engager dans une promesse verte, établir un plan d’attaque, créer l’événement, communiquer, affrioler ! «Le concept est novateur en France, il y a donc encore quelques réticences… A Toulouse, nous n’avons pas trouvé les commerçants très impliqués, je pense qu’il faudra un peu de temps à la carrotmob pour rentrer dans les mœurs.» termine Morgane Amouyal. D’autres concepts du même style poussent de ci de là, mettant en relation consommateurs et gérants de restaurants, épicerie, bar, etc. Ainsi le Cashmob aux Etats-Unis, qui risque d’en charmer plus d’un. «Le principe est le même mis à part que la visée écologique est remplacée par une visée locale.» raconte Florian Guillaume, «les consommateurs sont invités à cashmobber leurs commerçants de quartier. Les fonds récoltés restent dans les caisses du commerçant. Il les réemploie en restructurant de façon écologique son établissement.» Pour découvrir une vraie carrotmob, rien de plus simple. Plusieurs projets mijotent actuellement dans la ville rose. Une deuxième édition est notamment prévue en afterwork la semaine du 22 avril au bar l’Evangelista, à Compans Cafarelli. Le rendez-vous est pris. Mais à quand une conscience écolo-citoyenne assez efficace pour fonctionner sans carotte ?

Aurélie Renne

                                                                                                                                                                                                     Pour plus d’infos : « carrotmob toulouse » sur facebook.


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