Hypersensibilité aux ondes : le bout du tunnel ?

Apparue dans les années 2000 en Suède «l’hypersensibilité électromagnétique» fait partie -au même titre que la fatigue chronique ou le syndrome de la guerre du golf- des symptômes physiques médicalement inexpliqués. Pourtant si à cette époque on estimait le taux de personnes électro sensibles entre 1,5 à 5%, aujourd’hui le chiffre semble avoir passé la barre des 10%. Une évolution qu’il est séduisant de mettre en relation avec le développement de la téléphonie mobile. Officiellement cette hypersensibilité repose aujourd’hui uniquement sur les plaintes des patients et se manifeste par divers symptômes. On en dénombre 87, de la difficulté à se concentrer, à l’insomnie, en passant par les rougeurs, maux de tête, trouble de l’humeur, vertiges ou problèmes cutanés. A ce jour quelques pistes de recherches ont été suivies sans résultats probants : la science ne trouve pas d’explication et encore moins de lien de causalité entre ce syndrome et les champs électromagnétiques. Dans ce contexte, le neurologue Jean-Pierre Marc-Vergnes, de l’Inserm de Toulouse a décidé d’explorer une nouvelle piste. «Je pense que ces personnes ont un hyperfonctionnement de leur système sensitif. C’est en tout cas l’hypothèse que je vais tenter de vérifier». Pour ce faire, il entend comparer les patients se plaignant de ces troubles avec un groupe hypersensible aux odeurs chimiques. Le tout mis face à un groupe «sain». Ses travaux financés en partie par l’Anses, débuteront début 2013. Non sans mal : «Je n’aurais que quinze patients par catégorie, par manque de financement. C’est un sujet qui n’intéresse pas les organismes de recherches. Qui n’intéresse pas ou qui dérange, car le milieu scientifique n’aime pas faire des études aboutissant à des résultats négatifs…»

«Le lobbying persistant joue en faveur des opérateurs de téléphonie mobiles.»

De plus, on perçoit un climat délétère entre le milieu de la recherche et les associations d’électro sensibles qui estiment que les recherches sont biaisées : «Une étude a déjà été commandée par les pouvoirs publics à l’hôpital Cochin, à Paris et les patients ont été déclarés hypocondriaques puis envoyés en psychiatrie ! Pourtant les preuves sont là, apportées par des études étrangères mettant le doigt sur le rapport entre l’exposition aux champs électromagnétiques et la souffrance physique», lance Marie-France Hébrard, membre du CA d’Antennes31. Dans l’attente d’une recherche sérieuse qui percera à jour les causes de leur mal-être, bon nombre d’électro sensibles sont contraints de fuir les zones urbaines. C’est le cas de Charlotte : après avoir installé une cage de Faraday autour de son lit, utilisé des tissus blindés pour tenter de se protéger, elle se contraint finalement à l’isolement et quitte Paris pour le Gers. Michèle Lacoste, ancienne aide-soignante à Toulouse est en invalidité depuis mars 2011, ses symptômes lui ayant interdit toute activité professionnelle. A ce jour, les collectifs d’électro sensible semblent n’avoir qu’un espoir, le Professeur Belpomme, à Paris, dont la réputation «sulfureuse» selon et dans le milieu scientifique n’est plus à faire. Ils sont unanimes, «c’est le seul à admettre que nous souffrons et à tenter une réelle prise en charge». De son côté, l’étude du professeur Marc Vergnes, qui promet une batterie de tests et de mesures s’ouvre comme un nouveau chapitre de la recherche sur les électro sensibles en France. L’espoir d’une reconnaissance de ces douleurs invisibles ?

Aurélie Renne



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