Hydroliennes ou éoliennes ?

Une hydrolienne est une turbine sous-marine qui utilise l’énergie cinétique des courants marins ou de cours d’eau, comme une éolienne utilise l’énergie cinétique de l’air. Si l’implantation d’éoliennes fait polémique dans notre pays, il est à espérer que les hydroliennes entièrement sous marines, parfaitement silencieuses, sauront trouver leur place dans la diversification des sources énergétiques.

 
Un peu de technique

Les hydroliennes sont beaucoup plus petites que les éoliennes pour une même puissance, cela étant dû à la masse volumique de l’eau environ 800 fois supérieure à celle de l’air. A la différence du vent difficilement prévisible sur le long terme, les courants marins eux sont parfaitement connus, permettant une production parfaitement quantifiable et représentant un potentiel de 3 GW (2 Réacteurs EPR) selon une première estimation d’EDF. De nouveaux modèles plus petits pourraient s’adapter aux fleuves avec des courants importants (2 à 3 m/s) comme c’est le cas du St Laurent au Canada qui va être équipé en 2011 à Montréal d’une machine capable de produire 120 KW/h. Que ce soient le projet parisien sur la Seine ou celui d’équiper la Garonne à Bordeaux, ils tiennent plus de l’idéologie que du réalisme car sur ces cours d’eau, une hydrolienne de 5 m de diamètre ne produirait que 4 kW, une vraie misère… Sur nos sites côtiers, l’ancrage des hydroliennes peut se faire au travers de supports verticaux posés sur le fond marin, sortes d’éoliennes sous-marines ou fixées par des câbles. L’ensemble générateur/turbine flotte à mi-profondeur permettant de capter au mieux les flux sans gêner la navigation de surface. Si l’une des inquiétudes résidait dans le risque de corrosion par l’eau de mer, les procédés antirouille actuels sont suffisamment performants pour régler le problème.

 

Un petit tour d’horizon mondial

Si l’Europe s’est fixée d’ici 2020 de produire 20 % d’énergie à partir des filières renouvelables, partout dans le monde des projets sont en train de voir le jour ou sont déjà opérationnels portés par un mélange de fonds privés et publics. C’est en Norvège, à Kval Sound, que fut installée en 2003 la première hydrolienne opérationnelle. La Grande-Bretagne avec Marine Current Turbines et SeaGen a déployé en 2008 les premières hydroliennes en Irlande du nord capables de fournir 1,5 mW, de quoi alimenter chacune 1 500 foyers, bientôt suivie par le Canada. Ces derniers en déployant 200 Clean Current Mark III dans la baie de Fundy sur la côte atlantique vont fournir l’électricité à 80 000 foyers dès 2012. Iberdrola, en Espagne, prépare la plus grande ferme hydrolienne d’Europe. En France, Hydrohelix Energies, basée à Quimper, a lancé le projet Marénergie qui prévoit trois parcs d’hydroliennes (soit 4 500 engins) implantées à 30 mètres de profondeur. Les USA ne sont pas en reste puisqu’un projet d’hydrolienne interceptant le Gulf Stream près des côtes de Floride est en cours de développement. Les turbines sont immergées à 60 m de profondeur. Le plan de développement prévoit un premier parc de 1 500 MW pour un coût total égal à 650 millions d’euros. Au total, le projet prévoit 3 520 turbines de 2.4 MW chacune en moyenne, pour une production totale de 8.44 GW (ce qui équivaut à 8 réacteurs nucléaires).

 

Un large éventail de technologies

Parmi les systèmes existants, on peut trouver des serpents de mer, sorte de long tube creux dans lequel sont implantées des turbines, des systèmes à double pales, des structures verticales ou horizontales bardées de turbines, rotors, roues à aube, à ailes battantes ou en chaîne de plusieurs centaines de mètres… Le petit dernier étant un cerf volant des fonds de mer baptisé “Hydro Wing” sorte de biplan équipé de turbines de concept simple, maintenu par des câbles et qui pourrait produire le KWh aux alentours de 0,15 €… Bref, tout est permis et essayé dans un univers qui se cherche et dans un contexte de frilosité des investisseurs qui voudraient des retours sur investissement rapides et des bénéfices sûrs et pérennes. Portant, les premiers modèles économiques laissent à penser que l’amortissement pourrait se situer entre 4 et 6 ans pour des profits à venir importants compte tenu de l’inflation du coût à venir de l’énergie.

 

Avis d’écologiste

Face à ces concepts d’avant-garde, il convient de prendre du recul. Nous avons déjà plusieurs fois dans ces colonnes, vanté le potentiel prometteur que représentaient les énergies marines et regretté le peu d’engouement qu’elles suscitaient. Force est de constater que même si les chiffres ne sont pas vraiment sûrs, il y a fort à parier que l’or noir devrait faire défaut dans les 50 prochaines années sauf à faire courir à notre planète des risques insensés à exploiter toujours plus profond le fond des océans ou les pôles. L’énergie nucléaire avec le dérapage technique et financier de l’EPR, l’inconnue du projet ITER et surtout la bombe à retardement que représente le stockage de quantités colossales de déchets radioactifs, fera l’objet d’une remise en question un jour ou l’autre. Il convient donc dès à présent d’explorer toutes les pistes. La France, premier pays producteur d’énergie nucléaire est freinée par EDF qui impose sa loi dans l’hexagone. Nous sommes le seul pays à avoir des normes aussi contraignantes pour le solaire photovoltaïque et à limiter la production individuelle à 3 KW. Il est clair que le but est de freiner tout ce qui touche aux énergies alternatives en manipulant l’opinion et en laissant croire par exemple que les derniers 3 % d’augmentations du tarif d’EDF sont dus au coût du solaire permettant de cacher le surcoût faramineux de l’EPR. Presque on culpabiliserait celles et ceux qui ont eu le courage et surtout la patience (6 mois en moyenne pour aboutir) d’investir dans le photovoltaïque. Alors ne nous étonnons pas que sur les hydroliennes, la France soit la lanterne rouge européenne…



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