Humanité en danger !

Fin 2008, une étude très importante est parue dans la prestigieuse revue Environmental Health Perspectives : pour la première fois, une équipe française de l’INSERM confirmait le lien entre un perturbateur endocrinien et la production de spermatozoïdes. Derrière le nom barbare de perturbateur endocrinien se cachent des molécules chimiques présentes partout dans notre quotidien et notre agriculture : Phtalates, Bisphénol A, PCB, DDT et autres pesticides. L’industrialisation a fait de la chimie un élément incontournable de notre vie mais qui pourrait bien nous conduire à notre perte…

  
Qu’est ce que le bisphénol A ?

Le bisphénol A (BPA) est une substance chimique résultant de la réaction entre deux phénols et une molécule d’acétone. Découvert en 1831, il fut extrêmement étudié dans les années 1930 au cours de la recherche d’œstrogènes de synthèse. Connu aussi sous son appellation chimique le 2,2-bis (4-hydroxyphènyl) propane, le BPA est à présent très employé dans la fabrication de plastiques type polycarbonate et de résines époxy. Les polycarbonates sont utilisés dans de nombreux récipients alimentaires comme les bouteilles ou encore les biberons. On retrouve aussi des traces de BPA dans les couches intérieures des canettes. Si à température ambiante le bisphénol A reste majoritairement “enfermé” dans le plastique, il est libéré très rapidement lorsque les récipients sont chauffés à une température élevée (au four à micro-onde, dans un lave-vaisselle…). Le BPA peut alors migrer dans l’alimentation. Une étude a retrouvé sa trace dans les échantillons d’urine de plus de 90 % des Américains.

Vous avez dit Phtalates !

Les phtalates sont un groupe de substances chimiques fréquemment utilisées pour assouplir d’autres composés ; on les appelle souvent “plastifiants”. lls entrent dans la composition d’une foule de produits, notamment ceux faits de polychlorure de vinyle (PVC). Le PVC est un plastique rigide ; on ajoute souvent des phtalates aux produits de PVC pour les rendre souples et flexibles. On peut trouver des phtalates dans certains types de couvre-plancher, dans les dispositifs médicaux comme les sacs et tubes à perfusion intraveineuse, de même que dans les jouets pour enfants. Les phtalates ont également d’autres usages, comme de servir de plastifiants dans le vernis à ongles ou de prolonger la durée des parfums.

 

Vingt ans de recherche

Déjà deux décennies qu’une poignée de chercheurs, avec à leur tête Niels Skakkebaek, le grand spécialiste de la reproduction chez l’hom-me, tentent de comprendre pourquoi depuis cinquante ans la production de spermatozoïdes a diminué en moyenne de 50 % et pourquoi, certains cancers, comme celui des testicules et du sein, explosent littéralement chez les hommes jeunes (+400 % en soixante ans au Danemark) et chez les femmes. Les résultats de leurs études se recoupent tous : les produits chimiques dont les phtalates et le bisphénol agissent sur les hormones et fragilisent le système immunitaire. Niels Skakkebaek avance même que «les problèmes de l’appareil reproducteur masculin sont aujourd’hui potentiellement aussi graves que le réchauffement climatique». Un couple sur huit consulte pour des problèmes de fécondité. Tous ces propos sont corroborés par le Professeur Sultan de la faculté de médecine de Montpellier. Le scientifique dénonce en outre depuis 10 ans, une forte augmentation des malformations congénitales chez les enfants exposés à ces produits : augmentation de la cryptorchidie (non descente des testicules). En dehors de l’effet cancérigène, il existe un effet “oestrogénique” des produits toxiques, provoquant la stérilité et la féminisation des embryons mâles. Paradoxe : on invente des techniques de procréation médicale assistée de plus en plus performantes tandis que l’on appréhende à peine les effets de chimie sur notre reproduction. Il faut dire que la puissante industrie chimique depuis des années ne lâche rien avec en leitmotive : «les études menées sur les animaux ne prouvent pas les mêmes effets sur l’homme» jusqu’à ce que…

L’INSERM rompt l’omerta

L’étude récente menée par René Habert de l’INSERM-CEA en collaboration avec R. Frydman, le spécialiste de la fécondation, à partir des “produits” des IVG a fait apparaître qu’un seul phtalate injecté dans des testicules de fœtus détruit 40 % des cellules des futurs spermatozoïdes adultes en moins de trois jours. Or, nous sommes quotidiennement confrontés à une centaine de phtalates chaque jour. Les responsables politiques ne peuvent désormais plus nier le problème. Ils peuvent d’ailleurs s’appuyer sur la première réglementation européenne des produits chimiques, REACH, qui depuis 2006 impose aux industriels de prouver l’innocuité de leurs produits. En 2005, six phtalates utilisés dans les jouets et les articles de puériculture ont été interdits.

 

Alerte biberons

Parmi les autres substances dangereuses, le Bisphénol A, présent dans les biberons en plastique. Le Canada l’a classée comme substance dangereuse, et l’a interdit sur son territoire. Quid de l’Europe qui s’interroge, gagne du temps et ne prend pas de décision. Pour la France, sous la coupe de lobbies de l’industrie chimique, rien ne sera interdit. Par contre, courant 2009, les consommateurs pourront choisir dans les magasins entre deux types de produits, avec Bisphénol (aspect translucide) ou sans (produit plus opaque). Il faudra lire les étiquettes en espérant que les prix des biberons sains ne seront pas prohibitifs. «Pour vivre longtemps, jetez toutes vos boîtes de conserves». C’est le docteur Maoshing Ni qui l’affirme, dans son ouvrage “Cent secrets pour vivre jusqu’à 100 ans et plus”. Il soutient que le bisphénol-A, qui tapisse l’intérieur des boîtes de conserves, est dangereux pour la santé, car il agirait comme un perturbateur endocrinien.
 
Avis d’écologiste

Une fois encore, après l’amiante, le sang contaminé, les ondes électromagnétiques, les OGM, nous sommes devant le même dilemme, faire un choix entre santé publique et supers profits pour certains groupes. Ce n’est plus le politique qui décide mais bien les puissances économiques. Les récents déboires avec les produits d’importation chinoise, dans un contexte où le contrôle et l’éthique passent après le profit, nous sommes de plus en plus démunis devant des étiquettes illisibles… Au Canada, ce sont les associations de consommateurs qui ont imposé à la grande distribution de retirer les biberons «de la honte» des rayons. Alors une fois encore où sont nos associations de défense, plus promptes à tirer sur le prix du SMS qu’à dénoncer les risques du quotidien ? Alors consommateurs, soyez vigilants, faites passer l’information et lisez le Journal Toulousain…



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