Fukushima, l’incroyable oubli !

C’était il y a tout juste un an. Le 11 mars 2011, un puissant séisme secouait le Japon provoquant un formidable tsunami. La secousse terrestre qui avait généré une vague de plus de 15 mètres de haut balayant 800 kilomètres de côte dans le nord-est avait déclenché une catastrophe nucléaire de niveau comparable à celle de Tchernobyl. Un an après, le peuple japonais, durement éprouvé, s’est recueilli dans la presque indifférence générale. Pas de débat, pas de doute sur une filière énergétique portant à hauts risques. Le couvercle du nucléaire s’est refermé jusqu’à la prochaine fois…

Manifestation anti nucléaire en 2012 au Japon

L’assommoir médiatique

Si vous demandez dans la rue ce qu’évoque Fukushima, la majorité vous répond : «Un problème nucléaire», seuls 30 % y associent le tsunami. A la question, combien y a-t-il eu de victimes ? Généralement la réponse cible une centaine de décès… Affligeant, pour les 20.000 personnes qui ont péri, ou sont portées disparues. Affligeant d’observer que la majorité des sondés pense que le nuage radioactif n’a pas touché l’Europe et surtout que le problème est aujourd’hui réglé aidés en cela par le manque de suivi des médias qui jouent l’oubli. Dormez braves gens, le lobby de l’atome veille sur vous…

Souvenez-vous

En atteignant la centrale nucléaire de Fukushima-Daichii, la vague a gravement endommagé les réacteurs 1 à 3 ainsi que la piscine d’entreposage de combustibles usagés du réacteur 4 provoquant l’émission des particules radioactives dans l’air et dans l’eau. Autour de la centrale, une zone de sécurité de 20 kilomètres de rayon a été créée, obligeant des dizaines de milliers de personnes à fuir. Un an après, le taux de radioactivité est toujours très élevé (entre 20 à 100 fois la norme) non seulement sur le site dont l’accès aux médias étrangers est toujours interdit mais jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres… Selon les autorités locales, le retour à la normale devrait prendre plusieurs dizaines d’années, notamment à cause du sol pollué qu’il faut retirer, mais dont on ne sait pas quoi faire. Par ailleurs, un document officiel, publié quelques jours avant ce premier anniversaire, relance la polémique au Japon. Tepco, l’exploitant privé aurait donné l’ordre à ses collaborateurs lors de l’accident, de quitter les lieux et d’abandonner le site. Il a fallu tout le sang-froid et le patriotisme du directeur local qui bravant les ordres, a fait arroser les réacteurs avec de l’eau de mer pour éviter une catastrophe mondiale. Rassurez-vous Toshio Nishizawa, le PDG deTepco qui avait donné l’ordre d’évacuation est toujours en place ! Par ailleurs, le gouvernement japonais aurait été au courant du risque de fusion dans les heures qui ont suivi le tsunami, mais n’en a pas informé le public l’exposant ainsi à la radioactivité. Une révélation qui devrait encore renforcer la défiance répandue dans l’opinion publique japonaise vis-à-vis d’un gouvernement qui a manqué de transparence dans la gestion de la plus grave crise nucléaire depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1986.

La mobilisation anti-nucléaire continue

A Tokyo, des centaines de manifestants anti-nucléaire ont encerclé le siège de la compagnie Tepco, propriétaire de la centrale de Fukushima, détruite par le tsunami. «Arrêtez tous les réacteurs maintenant !», ont scandé des militants. Slogan qui prend tout son sens si l’on tient compte d’une situation locale inquiétante. Depuis janvier 2012, la température monte, et malgré une injection d’eau beaucoup plus importante dans le réacteur n°2, avoisine les 100°C. Or, un «arrêt à froid» selon les autorités japonaises ne peut avoir lieu qu’à partir du moment où la température est inférieure à 80 °C. Les autorités locales de Fukushima demandent à Tepco de fournir des informations heure par heure, preuve que l’inquiétude est vive. Par ailleurs, la NSC (Commission de Sécurité Nucléaire Japonaise) procéderait actuellement à la distribution de pastilles d’iode stable auprès de la population non-évacuée située dans un rayon de 50 km autour de la centrale accidentée. Il semble qu’une brusque montée de la radioactivité ait précédé cette montée de température. La situation redevient donc inquiétante à Fukushima. Mais ce n’est pas que l’unité 2 qui a des soucis… L’unité 3 a montré des signes extérieurs d’activité, comme ce panache de fumée ou de vapeur qui s’est élevé au-dessus de la ruine le 7 février 2012. L’unité 4, avec sa piscine qui fuit, a fait aussi une belle démonstration de réchauffement le 6 février 2012.

Les citoyens s’organisent

Le peu de confiance dans les autorités du pays a amené les citoyens à créer leur propre réseau de contrôle comme ces cadres informatiques qui ont fait l’acquisition d’un analyseur de radioactivité de marque biélorusse Atomtex, acheté 1,35 million de yens (12.700 euros) et qui pour 3000 yens (28€) sont capables d’analyser les échantillons, souvent de nourriture, envoyés par des citoyens inquiets de la contamination des aliments. Des centaines de mini laboratoires se sont montés dans le pays et une base de données citoyenne est en cours de réalisation en partenariat avec l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest), laboratoire français indépendant qui aide à compléter les études. Face à cette mobilisation, le gouvernement et les grandes chaînes de distribution ont dû bouger. Ainsi Aeon, l’un des majors du secteur a décidé de diviser par 10 (soit 50 Becquerels/kilo maximum), les recommandations officielles pour la mise sur le marché de produits de consommation.

Le risque du nucléaire

Parmi la soixantaine d’incidents survenus dans le monde sur des installations touchant de façon générale au nucléaire depuis les années 60, l’accident de Three Mile Island en 1979 qui s’est produit sur un réacteur assez comparable à ceux que l’on utilise en France, puis Tchernobyl en 1986 et  Fukushima ont un point commun, l’augmentation non contrôlée de la température dans le cœur du réacteur. Certes l’on peut invoquer des erreurs humaines, mais ce sont bien les pompes de refroidissement qui sont, entre autres, un point vital. En 1999, la centrale française du Blayais a subi les assauts du «mascaret», sorte de vague remontant à contre courant le fleuve et a nécessité, la mise en place de digues et de dispositifs d’étanchéité car le système de refroidissement a failli être noyé. Les autorités compétentes nous jurent que le système français dit à «eau pressurisée» est le plus sûr… mais cela vous rassure-t-il vraiment ? Moi pas !

Avis d’écologiste

Le candidat Sarkozy a décidé de prolonger de 20 ans la durée de vie de nos centrales sans d’ailleurs proposer le moindre débat ou le moindre référendum. Le coût estimé serait de 0,8 à 1 milliard d’euros par réacteur y compris la mise aux normes exigée par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire). Cette décision unilatérale devrait permettre de maîtriser le coût de l’électricité dans notre pays… Argument de campagne imparable sauf s’il nous arrivait de subir un Fukushima ou un Golfech qui ruinerait a minima, les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine. Terres incultes pendant des décennies, exode des populations, fin de l’industrie aéronautique, du spatial etc… Sommes-nous prêts à prendre le risque ? Au-delà des fadaises électorales, l’enjeu est de savoir si nous mettons pour le siècle en cours tous les œufs dans un même panier ou pas. Si nous faisons le choix UMP et peut-être PS de tout miser sur le nucléaire alors nous serons à la traîne pour les autres filières. Les milliards investis dans l’atome avec comme mauvais exemple les dérives financières de l’EPR de Flamanville, ne pourront pas soutenir les autres pistes énergétiques. L’affaire n’est pas simple et la raison voudrait que l’on dépassionne le débat avec un engagement clair de tous les possibles locataires Elyséens à organiser après leur prise de fonction, un débat national sur l’énergie ou sur quel bouquet énergétique ? Ce débat citoyen avec des éléments clairs et chiffrés et un examen des différentes alternatives (renouvelables, énergies de la houle, stockage de l’énergie, hydrogène…) pourrait déboucher sur un référendum au travers duquel les citoyens informés sur les enjeux pourraient se prononcer sur leur futur. Vous voyez bien que l’on peut rêver à tout âge et pourtant cela nous concerne tous !



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