Euthanasie : «Il faut en finir avec l’hypocrisie»

Vendredi, la cinquième journée mondiale du droit à mourir dans la dignité, a permis aux pro-euthanasie de défendre leur cause. Au premier rang d’entre eux, les 120 délégations de l’ADMD (Association pour le droit à mourir dans la dignité) sont descendues dans les rues. A Toulouse, une manifestation suivie d’un débat public ont animé cette journée. Interview de Gilbert Ballester, délégué de l’ADMD en Haute-Garonne, et militant depuis plus de 20 ans dans cette association.

 

Quel message avez-vous porté lors de cette journée mondiale ?

Lors de la manifestation sur l’esplanade François Mitterrand, nous avons distribué de la documentation aux passants, et expliqué notre point de vue aux curieux. Notre message est simple : nous prônons l’adoption d’une loi qui permette à chacun de disposer de sa fin de vie comme il l’entend. Il faut respecter la volonté de la personne, sans que cela ne pose de problèmes juridiques à l’entourage. Aujourd’hui, il y a 15 000 euthanasies clandestines par an. Il faut en finir avec cette hypocrisie.

En quoi la loi Leonetti de 2005[1], vous paraît-elle insuffisante ?

La loi Leonetti autorise le «laisser mourir». Les médecins arrêtent l’alimentation et l’hydratation. Puis la personne met entre quinze jours et un mois pour décéder. C’est une agonie insupportable, surtout pour la famille. Mais le résultat final est le même ! Il faut aller plus loin, et légaliser l’aide active à mourir. Personnellement, j’ai vu ma mère souffrir pendant des mois, sans pouvoir rien faire pour elle. Alors je me suis posé une question : ai-je envie de supporter la même chose ?

Mais que pensez-vous des soins palliatifs instaurés par cette loi ?

Les soins palliatifs, c’est la mort 5 étoiles ! L’ADMD est pour les soins palliatifs. Mais le problème est qu’il n’y a pas assez de moyens pour mettre en application la loi Leonetti. En Midi-Pyrénées, il y a un lit de soins palliatifs pour 10 000 habitants. Finalement, entre la mort instantanée, et les soins palliatifs, il y a une semaine de différence.

Comment mettre en place «un garde-fou» à l’euthanasie active ?

Il en existe un, puisque la loi Leonetti permet de rédiger des directives anticipées où chacun peut expliquer commet il souhaite finir sa vie. On peut désigner, par ce biais, une personne de confiance qui pourra décider à notre place, si on n’en est plus capable. Une directive doit être resignée tous les trois ans, et peut s’annuler à tout moment. Le problème est que cette loi est très mal connue par le corps médical. Et les médecins ne sont pas dans l’obligation de suivre les directives anticipées. En cas de refus, il faut transférer le dossier à un autre docteur. Pour éviter les dérives, la loi devra prévoir des garanties légales. La demande d’euthanasie devra être examinée par un collège de médecins et le juge devra être saisi.

 

Avez-vous l’impression que le gouvernement prend à bras-le-corps cette question de société ?

François Hollande, dans sa promesse n°21, évoque le droit à finir sa vie dans la dignité. Il a mis en place la commission Sicard qui fait le tour des grandes villes de France pour débattre avec les citoyens. C’est une première en France. Et cette initiative nous donne de l’espoir, puisque selon un sondage Ifop, sorti en septembre, 86% des Français sont pour la légalisation de l’euthanasie, dont 53% sont des catholiques pratiquants. Ca aussi, c’est une nouveauté. La commission devrait rendre une synthèse d’ici la fin de l’année. L’étape suivante sera le passage devant le parlement. Avec le changement de majorité, la tendance voudrait qu’une loi en faveur de l’euthanasie soit votée.

 

Propos recueillis par Coralie Bombail



[1] La loi Léonetti  autorise l’arrêt ou la limitation des traitements, lorsque ceux-ci deviennent une «obstination déraisonnable». Mais elle fait obligation aux médecins de soulager la douleur, par l’utilisation de soins palliatifs.



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