Europe : Rêve ou cauchemar ?

Au milieu du 20ème siècle, le bilan désastreux des deux guerres mondiales a poussé les nations européennes sous l’impulsion de quelques visionnaires comme Jean Monnet et Maurice Schuman à s’unir pour empêcher de nouveaux conflits et faire face aux défis futurs. Soixante ans après, en pleine crise mondiale, l’UE représente-t-elle un espoir ou est-elle synonyme de cauchemar ?

Un peu d’histoire

La déclaration Schuman du 9 mai 1950, proposant la création d’une entité supranationale pour la production du charbon et de l’acier débouchera en 1951 sur la création de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) entre l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. Cette date est considérée comme le point de départ de la construction européenne. En 1957, la signature des traités de Rome marquera la volonté des Etats fondateurs de créer un espace économique commun, dans lequel les hommes et les marchandises circuleraient librement. En 1993, l’entrée en vigueur du traité de Maastricht, qui donne naissance à l’Union européenne, marque une nouvelle étape dans la construction d’une communauté politique à l’échelle du continent. Enfin 2007, verra revenir au travers du traité de Lisbonne, les éléments essentiels du projet de constitution pourtant déjà refusés par les référendums de mai 2005. Ce dernier traité adopté aux forceps malgré l’opposition populaire, est significatif de la défiance des peuples vis-à-vis d’une gouvernance qu’ils jugent occulte, trop lointaine de leurs préoccupations quotidiennes et entièrement tournée vers le libre échange foulant aux pieds tout humanisme. Initialement voulue par ses pères fondateurs pour pacifier le vieux continent, cette Europe adulée par les uns décriée par les autres est aujourd’hui plus que jamais au centre de nos destinées.

L’Europe des financiers et des lobbies

Ce qui au départ devait devenir l’Europe des peuples, de la diversité, de la richesse culturelle et économique a été très rapidement perçue comme une structure anti-démocratique où la seule “Commission” faisait la pluie et le beau temps en apportant contraintes, réglementations incompréhensibles, intervenant dans la vie personnelle, faisant fi des cultures, des habitudes et des souhaits des citoyens. Disparition des services publics, instauration de fausses concurrences, normes faisant la part belle aux grands groupes, ont été vécues par les Européens même les plus optimistes comme une négation du vieux rêve européen. Avec plus de lobbyistes qu’il n’y a de députés, l’institution apparaît comme étant à la botte des grands groupes, privilégiant l’intérêt des multi nationales au détriment de celui des citoyens. A titre d’exemple, la règlementation qui a imposé dans l’alimentaire une Europe aseptisée a éradiqué les risques pathogènes au profit d’une chimie dont on sait aujourd’hui qu’elle est à l’origine des maladies comme le cancer (voir article du JT précédent). Si consommer du camembert ou du cassoulet fabriqué de manière artisanale n’a jamais tué personne, se nourrir tous les jours avec des conservateurs, émulsifiants, nitrates, phosphates et autres produits artificiels tue lentement mais sûrement.

L’Europe des peuples

L’Europe est scindée en deux groupes. La Grande Bretagne, refusant obstinément l’Euro, qui fait bande à part pourrait être rapprochée des pays nouvellement entrés et qui ne souhaitent pas s’intégrer se contentant de profiter de la manne financière tout en se soustrayant à l’influence du voisin soviétique. De l’autre côté, les pays de la zone Euro, plus matures sur la nécessité de faire converger les économies, de renforcer la gouvernance, de montrer un front uni face aux crises et de parler d’une seule voix dans le concert international. Pour ceux-là, l’UE doit donner un signal fort au monde de l’existence d’un bloc puissant capable de discuter d’égal à égal avec les économies basées sur le dollar, le Yen ou le Yuan chinois. Seul ce groupe progressiste est capable aujourd’hui de faire renaître le rêve européen. Comment passer d’une structure engluée par ses propres réglementations qui n’est que la juxtaposition des Etats et au sein de laquelle le seul souci de la majorité des politiques est de promouvoir une forme de nationalisme larvé à des fins électoralistes, à une pensée universelle qui dépasse le “je” pour cultiver le “nous” ? Le rêve n’est que la traduction d’une vision, d’une ambition collective au service des peuples. Nous devons abandonner la compétition intra européenne pour favoriser au travers des compétences et des savoir-faire la renaissance d’une industrie trop souvent abandonnée aux pays émergeants. Nous devons en priorité redonner un espoir à notre jeunesse par la création d’emplois en s’appuyant sur une recherche conquérante capable de réveiller notre gé-nie créateur. Sans cela, l’Europe n’aura plus de sens.

Le colosse aux pieds d’argile

La révolte arabe et les massacres perpétrés contre les populations civiles ont mis l’UE au pied du mur. C’est là que notre incapacité à parler d’une seule voix et à agir de façon concertée et rapide a fait apparaître à la face du monde que nous n’étions encore que des “nains politi-ques”. Certes la réaction française face à Kadhafi a amené une lueur d’espoir, le “vieux continent”, allait-il se réveiller ? Après le succès politique entraînant une résolution de l’ONU et l’intervention de l’OTAN, la réalité du terrain nous aura vite rattrapés. Au bout de quelques centaines de frappes aériennes, plus de missiles ! Il a fallu solliciter l’aide américaine pour renflouer les stocks ! Aujourd’hui, l’incapacité des membres européens de l’Otan à venir à bout d’un petit pays comme la Libye, devrait donner à réfléchir à n’importe quel ministre de la Défense européen. Nous sommes incapables d’amasser des milliers de soldats sur quelque front que ce soit et peinons même à organiser un simple pont aérien. Au travers de cet exemple, il apparaît évident que si nous ne mutualisons pas nos moyens en créant une vraie force d’intervention financée par l’UE, nous ne pourrons qu’agiter des chiffons rouges laissant de belles années aux dictateurs de tous poils dont les pays financent par ailleurs le terrorisme.

Avis de citoyen du monde

L’UE à la croisée des chemins, il ne se passe pas de jour sans que les grands gourous de la presse et de la finance internationale, n’annoncent la fin de l’Euro et de fait de l’UE. Traités après traités, le peuple écarté de tout pouvoir de décision, sevré d’informations et de formation lui permettant de s’approprier la “chose européenne” est devenu anti-européen sans vraiment savoir pourquoi. Les politiques ont pensé qu’ils pouvaient se contenter de se faire élire sur de vagues promesses et que tout irait bien. Méconnaissant complètement les aspects positifs de l’UE oubliant même que nous lui devions la paix depuis plus 60 ans, seules restaient les tracasseries, le harcèlement de règlements inadaptés… et les chantres du nationalisme exacerbé ont eu beau jeu de réveiller les vieux démons xénophobes et la tentation du repli sur soi. Où serions-nous sans l’Euro ? En train de dévaluer chacun de notre côté en espérant faire moins mal que les autres, diminuant à tour de bras les prestations sociales, tuant encore et encore le peu de services publics existant… Nous avons le choix ou revenir un siècle en arrière en construisant des murailles à nos frontières, ou aller de l’avant tous ensemble en changeant de vison économique et de modèle de société. Les jeunes qui partout se révoltent et que par facilité, on traite de “voyous”, nous envoient de Tel-Aviv à Manchester en passant par Madrid un signal clair : «Cela suffit, il faut retrouver une vision, un idéal commun basés sur la justice sociale, de la vraie démocratie participative». Bref, une raison de vivre… Sinon gare !

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.