Energie volée

Un Français sur quatre n’a plus les moyens de se chauffer et un sur trois, éprouve de réelles difficultés face à sa facture énergétique. On nous avait dit que la privatisation d’EDF et que la fusion Gaz de France–Suez seraient un bienfait pour les consommateurs mais les augmentations régulières du gaz et de l’électricité prouvent que le mensonge politique est devenu une nouvelle façon de communiquer avec les citoyens. Face à cela, essayons de comparer les différentes filières…

 
Gaz, la fuite en avant…

Le prix du gaz a augmenté de 32,4 % depuis 2005. Du jamais vu dans l’histoire de notre pays. Avec une surchauffe des tarifs en avril de 9,7% pour le gaz, 2010 n’aura pas été une bonne année pour la bourse des Français. Cette progression recouvre des disparités : elle représentera une hausse de 13,4 % pour les 1,5 millions de foyers qui utilisent le gaz uniquement pour leur cuisine (soit une hausse moyenne de 10 € par an, hors TVA), mais une hausse de 9,4 % pour les 600 000 foyers qui se chauffent, cuisinent et produisent leur eau chaude avec du gaz (soit 226 € par an, hors TVA). C’est la plus forte augmentation depuis novembre 2005 ; époque à laquelle les prix avaient bondi de 13,7 %. Ce coup de massue sur les ménages intervient alors que le coût du gaz n’a jamais été aussi bas sur les marchés…

Surchauffe électrique

Un quart de la planète n’a pas accès à l’électricité. La fameuse fée d’Edison est en train de devenir Carabosse tant le prix du KWh devient exorbitant même si nous sommes paraît-il l’un des pays les moins chers d’Europe. C’est en 2000, que sous l’impulsion de l’EU, le marché de l’électricité a été ouvert à la concurrence. En octobre 2005, EDF signait avec les pouvoirs publics français un «contrat de service public» valable jusqu’à la fin 2010 afin de favoriser une transition douce vers un marché concurrentiel. Ce contrat prévoyait que la hausse des tarifs ne dépasserait pas le taux d’inflation jusqu’en 2010. Or depuis cette date, les tarifs ont augmenté de 10% et l’inflation de 7,2%. Retenons pour 2010, une augmentation record de 7%.

Une augmentation inacceptable

La Confédération Nationale du Logement a qualifié cette augmentation d’inacceptable et scandaleuse alors que le nombre de familles en situation de précarité énergétique explose. Une fois de plus, ce sont les plus petits consommateurs et ceux ayant souscrit à des options particulières qui sont les plus affectés. Les 500 000 clients de l’option Tempo, option qui permet de payer un prix différent suivant les jours de l’année, mais aussi de diminuer la consommation aux heures de pointe, subissent une augmentation de 4,7 % en moyenne, puisque le prix TTC du KWh passe de 0,4929 € à 0,5026 € pour les jours rouges en heures pleines. De la même façon pour les jours bleus en heures pleines, il passe de 0,0577 à 0,0703 €, soit une hausse de 22 %. Les hausses se font sentir non seulement sur les tarifs de consommation mais aussi sur les abonnements. Les très petites installations de 3 KVA voient leur abonnement annuel passer de 21,48 HT € à 51,24 HT €. Pour ceux qui utilisent 6 KVA, la puissance supérieure, l’abonnement annuel passera de 54,48 € HT à 58,32 € (+7%). À l’inverse, les gros consommateurs voient leur facture diminuer. Pour les utilisateurs de 36 KVA, l’abonnement annuel passe de 743,52 € à 528 € HT, soit une baisse de 29 %. Mais que fait donc la CRE (Commission de régulation de l’Energie) qui est censée veiller à la cohérence du marché notamment entre les professionnels et les ménages ?

Propagande institutionnelle

Bien sûr selon les pouvoirs publics ou privés, on ne sait plus vraiment, tout cela s’explique : «L’augmentation doit servir à EDF à assurer l’intégrité du système électrique français». Le groupe s’est en effet lancé depuis quelques années dans une relance de ses investissements en France : construction d’un réacteur nucléaire EPR à Flamanville (Manche), développement des centrales au gaz pour faire face aux pics de la consommation, renforcement du réseau de lignes électriques. En 2010, ses investissements doivent s’élever à 8 milliards d’euros, en progression de 15% par rapport à 2009. En fait il faut financer le surcoût le l’EPR de Flamanville (2 milliards d’euros) et quelques acquisitions hasardeuses. Personne n’aura cru un seul instant qu’il fallait renflouer le déficit dû au photovoltaïque… D’ailleurs déjà payé par chacun d’entre nous sur sa facture… Regardez en fin de page vous payez déjà !

 

La loi Nome

Le 24 novembre le parlement a adopté le projet de loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité (Nome). Le but initial était louable, maintenir les tarifs réglementés pour les particuliers et continuer à faire bénéficier à l’ensemble des consommateurs du coût de production compétitif du parc nucléaire historique, tout en se mettant en conformité avec Bruxelles en permettant à la concurrence de se développer. En effet, EDF devra revendre à ses concurrents jusqu’à 25% de sa production. Des amendements de dernière minute, cousus main pour EDF, vont lui permettre de vendre à des rédhibitoires ses MW (42 € pour 31 de prix de revient) faussant de fait toute concurrence et engendrant mécaniquement une augmentation estimée entre 21 et 28% d’ici 2015.

Le temps béni des entreprises nationales

Quelle différence y a-t-il entre une entreprise publique et privée ? Pour oublier EDF, parlons de France Télécom qui a été privatisée en 2004 par Lionel Jospin. A l’époque, ce fleuron de notre industrie dégageait, après investissement, 15 milliards de Francs de bénéfices qui revenaient dans les caisses de l’Etat après avoir grassement payé ses «fainéants» de fonctionnaires. En 2009, les 3 milliards d’euros net dégagés par le groupe ont été distribués aux actionnaires et fonds de pension… Dommage pour le budget de l’Etat, cela aurait pu constituer un début de financement des retraites…

Avis d’écologiste

Que nous reste-t-il pour éviter les effets dévastateurs du froid dans nos foyers ? L’utilisation du gaz et de l’électricité comme moyen de chauffage principal déjà hors de hors de prix sera demain inaccessible pour 30% des foyers français, le fioul taxé et polluant, le pétrole pour poêle dont le prix s’envole selon l’humeur des distributeurs (1€/litre contre 0,8 en 2009…) alors que le baril est bas. Combien de temps devrons-nous courber l’échine, accepter froid, malnutrition, impossibilité de se loger, accession aux soins etc. au nom de sacrosaint  libéralisme ? Jusqu’à quand nos concitoyens accepteront-ils de travailler plus pour que d’autres qu’eux gagnent plus ? Jusqu’à quand ceux qui ont faim, froid se contenteront-ils de regarder les vitrines regorgeant de victuailles et agapes ? Qui aujourd’hui nous représente dans ce pays ? Celles et ceux qui votent des lois iniques tout en conservant leurs privilèges ne représentent plus qu’eux-mêmes englués dans leur seul souci de réélection et de cumul des mandats. Toutes celles et ceux dont chaque fin de mois est un cauchemar devront-ils s’immoler par le feu en place publique pour que la France d’en haut daigne leur accorder un regard ? Alain Peyrefitte avait écrit : «Quand la Chine s’éveillera…» Et si demain la France d’en bas s’éveillait ? Il n’y a pas plus dangereux qu’un peuple poussé à bout…



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