Emplois verts

Chômage, désindustrialisation, délocalisation, sont devenus les maîtres mots dès que l’on parle d’économie. Alors que nous venons de franchir la barre des 10 % de sans emploi et que l’on annonce près d’1 million de fins de droit Assedic, une lueur d’espoir pourrait renaître avec les fameux “emplois verts”. Le 28 janvier dernier, J. Louis Borloo a lancé au CNIT à la Défense, la grande conférence nationale sur la croissance verte. A écouter le ministre, il s’agit de : «substituer l’économie de gaspillage par l’économie de recyclage […] une lutte pour la compétitivité et l’humain, durant laquelle un actif sur deux sera concerné pour accompagner la métamorphose de l’outil de production’». L’objectif est donc clairement affiché : développer les métiers verts et verdir les métiers traditionnels dans le cadre d’un «pacte de solidarité écologique».

 
Grand chantier gouvernemental

En ouverture, la secrétaire d’État au développement durable, Valérie Létard a présenté le plan de mobilisation gouvernemental en faveur des métiers de demain. La conférence a été l’occasion de présenter les travaux réalisés par les comités, constitués en octobre 2009 et réunissant près de 400 experts, chargés d’identifier les secteurs les plus porteurs en termes d’emploi dans onze filières : agriculture et forêt, bâtiment automobile, eau, déchets et air, construction électrique et électromécanique, énergies renouvelables, raffinage et carburants, mais aussi tourisme, transport, mer et enfin, biodiversité et services écologiques. Si l’étude du Boston Consulting Group (BCG) chiffre à 600.000 le nombre d’emplois “verts” (dont la moitié dans le secteur du bâtiment) que pourrait générer l’effet Grenelle d’ici 2020, les travaux des comités de filière tout comme l’avis du Conseil d’orientation pour l’Emploi (COE) publié le 25 janvier, viennent nuancer les prévisions faites par le cabinet en termes de nouveaux emplois notamment dans le bâtiment et l’automobile, secteurs dans lesquels les postes devraient être au mieux conservés et non créés.

Les secteurs porteurs

Véritable symbole de la croissance verte, le secteur des énergies renouvelables (EnR) pourrait fournir 200.000 emplois d’ici à 2020 (contre 72.640 emplois en 2008), selon le comité EnR présidé par Alain Liébard, architecte DPLG et président de l’Observatoire des énergies renouvelables. Par ailleurs, près de 100.000 emplois pourraient être créés dans les transports dont 67.000 dans la réalisation d’infrastructures notamment ferroviaires. 90.000 emplois (bruts) pourraient également être créés à horizon 2020 dans l’agriculture et la forêt, dont 25.000 dans la filière bois ou 10.000 dans l’agriculture biologique et l’éco-conseil. De son côté, le potentiel de la filière eau, assainissement, déchets et air (EADA) est estimé à environ 43.000 emplois nouveaux du fait du Grenelle à l’horizon 2020, dont plus de 24.000 dans l’eau et l’assainissement et 14.000 dans les déchets et le recyclage. Du côté des métiers associés à la biodiversité et aux services écologiques, les estimations tablent sur un doublement des effectifs passant de 20.000 à 40.000 emplois en 2020 ! Dans la filière électromécanique, le comité de filière s’est quant à lui davantage penché sur le “verdissement” des emplois que sur la création d’emplois et estime que 225.000 emplois (sur 400.000) devront évoluer d’ici cette échéance.

Moins d’optimisme dans le bâtiment et l’automobile

En revanche pour d’autres secteurs, les prévisions des comités s’avèrent moins optimistes que celles faites par le BCG et l’on parle plus de “reconversion d’emplois” dans la filière automobile, voire de “maintien” dans le secteur du bâtiment. Concernant la filière bâtiment il convient de rester “prudent” car les emplois concernés seront surtout des emplois maintenus et non des emplois supplémentaires même si un potentiel de recrutement réside dans les métiers liés aux travaux d’économie d’énergie (menuisiers notamment pour des travaux d’isolation, plombiers chauffagistes, couvreurs (photovoltaïque, solaire thermique), etc). L’automobile estime de son côté que ses effectifs ne devraient pas progresser mais devront “s’adapter en profondeur” avec les mutations technologiques attendues avec le déploiement des véhicules hybrides et électriques. Concernant la filière carburant, et raffinage, celle-ci estime que 400.000 emplois directs pourraient être créés dont 126.000 dans le secteur des carburants (biogaz, agrocarburants 2e génération, hydrogène,…) Du côté des filières liées au tourisme et à la mer, celles-ci se sont davantage penchées sur l’évolution des métiers et du contenu des formations que sur les créations d’emploi.

L’enjeu de demain : anticiper les formations

Globalement, la plupart des filières ont donc pris en compte l’impact du “verdissement de l’économie” sur l’ensemble de leurs emplois et de leurs métiers. Si les comités de filières estiment que la croissance verte va impacter près de 12 millions d’actifs, soit un Français sur deux, ils soulignent également la nécessité de développer “de nouvelles compétences” aux enjeux du développement durable. À l’instar de l’avis du COE, les comités confirment les besoins indispensables en formations dans chacune des filières.

 

Recherche compétences !

Les jeunes diplômés ou professionnels ne sont  pas sensibilisés aux nouveaux défis. Pour créer les centaines de milliers d’emplois, «l’exigence, dès aujourd’hui, c’est de former des millions de salariés en poste aux nouvelles compétences et aux nouveaux modes d’organisation du travail qui vont être exigés par la croissance verte». L’objectif est donc «d’adapter les formations existantes aux enjeux du développement durable» et en créer de nouvelles.

L’Etat doit mettre la main à la poche

Jean-Louis Borloo et Valérie Létard espèrent débloquer plus de 369 millions d’euros supplémentaires pour les formations et les métiers de la croissance verte. Le ministère a notamment demandé 100 M € au titre du grand emprunt pour adapter «dans un temps restreint» les compétences de main d’œuvre aux mutations technologiques liées à la croissance verte et 200 M € pour aider les collectivités qui s’engageront sur des projets innovants. Une enveloppe de 55 M € sera en outre débloquée d’ici 2012 pour soutenir la formation de 120.000 personnes aux économies d’énergie dans le bâtiment, dans le cadre du dispositif Feebat. La filière bâtiment estime notamment qu’il faudrait former 70.000 jeunes par an et 230.000 professionnels d’ici 2020. L’offre de formation des jeunes et celle des enseignants au développement durable devra être renforcée. De nouveaux diplômes seront d’ailleurs lancés. Tels des symboles, un bac pro d’agent qualifié dans les métiers de la gestion des déchets et un module de formation “technicien en énergies renouvelables” au sein du Bac Pro Electricité, verront le jour dès la rentrée 2010. La formation au développement durable sera par ailleurs inscrite dans la loi de modernisation agricole.

Revoir l’orientation

La priorité est aussi de former les personnels d’orientation dans les établissements scolaires, avec la publication à la rentrée 2010-2011 d’un guide des métiers verts. Pour la formation continue, le ministère prévoit également de recourir au budget de la formation professionnelle (27 milliards d’euros/an) et de s’appuyer sur les conseils régionaux pour identifier les besoins par région et les formations disponibles. Le ministère entend également mieux orienter les demandeurs d’emploi vers les métiers de la croissance verte et se fixe un objectif de recrutement de 20.000 jeunes via les contrats en alternance et les contrats aidés d’ici à 3 ans.Pour mieux identifier et quantifier ces métiers, un “Observatoire national des métiers de la croissance verte” sera créé, a précisé Mme Létard. Le gouvernement prévoit de réunir le comité de pilotage national le 23 février avant de lancer en mars prochain, c’est-à-dire à proximité des élections, un appel à projets à destination des régions désireuses «d’associer leurs efforts pour mieux mobiliser les territoires et articuler démarche nationale et démarche locale» en faveur des métiers verts.

Avis d’écologiste

Avec 10 % de chômeurs dont 1 million de fins de droits annoncé, l’avenir s’annonce difficile en termes d’emplois. Comment redonner de l’espoir à nos jeunes, les filières vertes doivent s’y employer. Le rôle de la Région, acteur institutionnel majeur, sur l’orientation et la formation sera déterminant pour les années à venir. Midi-Pyrénées doit se saisir de l’opportunité et anticiper les besoins en incluant dans ses objectifs des mesures audacieuses pour réindustrialiser nos départements et donner une chance à tous nos jeunes de vivre correctement dans la plus belle région de France.



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