Compléments alimentaires: Le 100% naturel sur internet, attention DANGER !

Disponibles librement à la vente sur internet, certains compléments alimentaires (amaigrissants, érectiles…) prétendument «100% naturels» ne le sont pas du tout.

 

Très présents sur la toile, ils vantent les mérites amincissants d’une plante, garantissent les propriétés nutritives de protéines «naturelles» ou encore, résolvent les troubles érectiles. Ces produits envahissent le marché à grand renfort de publicité, avec des stratégies marketing simples mais efficaces. Mais ces produits sont-ils aussi naturels qu’on le prétend ? Un laboratoire toulousain s’est penché sur la question : le laboratoire mixte université-CNRS Synthèse et physico-chimie de molécules d’intérêt biologique de l’Université Paul Sabatier. Sur la centaine de produits testés, plus de 65% contenaient des médicaments. Pour le professeur Myriam Malet-Martinot (voir interview ci-dessous), les pouvoirs publics sont face à un problème de santé publique majeur, des industriels peu scrupuleux exploitant sans vergogne le filon du web.

«Il faut informer les consommateurs»

 

Responsable du groupe de résonnance magnétique nucléaire biomédicale au laboratoire mixte université-CNRS Synthèse et physico-chimie de molécules d’intérêt biologique de l’Université Paul Sabatier, le Professeur Myriam Malet-Martinot teste les compléments alimentaires depuis 2008. Interview.

 

Sur quel domaine votre laboratoire travaille-t-il ?

Nous travaillons à analyser des échantillons biologiques à savoir des tissus, du plasma, des fluides corporels mais aussi des médicaments et des compléments alimentaires. Nous utilisons la résonnance magnétique nucléaire (RMN). Cette technique permet de déterminer la structure d’un élément. A partir du spectre obtenu par cette analyse, nous remontons à la structure chimique d’un composé. Le temps d’analyse varie en fonction de la molécule soumise à l’analyse, cela peut varier entre 10 minutes pour une molécule simple à plusieurs jours pour des molécules plus complexes.

 

Comment en êtes-vous arrivés à analyser des compléments alimentaires ?

 

Nous appliquons l’analyse par RMN à des milieux complexes, ce qui est le cas des médicaments. Nous avons commencé par travailler sur des médicaments contrefaits, en utilisant la technique DOSY (Diffusion Ordered SpectroscopY) basée sur la diffusion des molécules ; un procédé qui nous permet d’identifier une empreinte. Les empreintes de ces contrefaçons sont comparées à celles des médicaments «vrais». Nous avons élargi nos recherches aux compléments alimentaires qui se sont beaucoup développés ces dernières années. Je suis allée à un congrès en Chine, et dans une petite boutique, j’ai demandé un produit naturel amaigrissant. A mon retour, nous l’avons analysé. Le produit n’était pas «naturel». Des molécules chimiques avaient été rajoutées.

 

Quel type de produits avez-vous trouvé ?

 

Nous avons trouvé des composés de médicament, surtout dans les produits érectiles. C’est particulièrement dangereux car, le consommateur prend un complément alimentaire pensant qu’il est naturel. S’il suit un traitement médical, il peut y avoir, par exemple, une interaction entre le traitement prescrit par le médecin et les médicaments rajoutés frauduleusement dans le complément alimentaire. Il faut informer le consommateur des risques encourus en achetant ces produits sur internet.

 

Existe-t-il une liste de ces produits testés ?

Oui, une liste a été en partie publiée dans des revues scientifiques. Elle a également été transmise aux autorités françaises en mai 2012. Les 130 produits analysés sont classés en deux catégories : les purs ou les adultérés. Nous envisageons de créer un site internet pour communiquer plus largement.

 

Marie-Agnes Espa



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