Ces Toulousains qui partent en mission humanitaire

De la ville rose au bout du monde, il n’y a qu’un pas. Souvent empreint d’altruisme et de dévouement, ce premier pas conduit chaque année des centaines de Toulousains à partager leur culture, leurs connaissances et leur amitié tout autour du globe. Nous avons rencontré certains de ces aventuriers qui nous racontent leurs voyages au-delà des océans au service de l’Autre. Par Claire Manaud et Aurélie Renne.

Pierre Jeudy : «ils m’ont rendu plus que je n’imaginais»

Pierre Jeudy, 21 ans, est étudiant à l’IFSI, à Rangueil. Et l’humanitaire s’est rapidement imposé à lui : «j’en avais envie depuis très longtemps mais sans qualification, avec seulement mon Bac j’ai eu du mal à trouver une mission qui m’accepterait.» Sa motivation ? La rencontre. «Découvrir l’Autre, la différence, apprendre une autre culture.» L’été 2012 fut celui de tous les espoirs. Via l’étudiant.fr il découvre l’association MHJVD Togo (Mission humanitaire des jeunes volontaires pour le développement).

En quelques semaines, tout s’organise : «j’ai appelé, ils étaient ravis ! J’ai dû répondre à un questionnaire de motivation puis grâce à leurs précieux conseils, j’ai bouclé mon sac pour trois semaines et pris mes billets d’avion.» Là-bas, plusieurs missions : du soutien scolaire à la rénovation d’école en passant par la prévention sanitaire ou encore le reboisement. «Je suis parti de Toulouse avec un ami, qui s’est attelé à rénover des bâtiments scolaires. De mon côté, j’ai donné des cours de soutien tous les matins et proposé des animations sportives l’après-midi.» Sur place, il réalise les manques : «A disposition, un tableau mais pas forcément de craies, les enfants ont généralement une ardoise en mauvais état, voire rien du tout et surtout les classes de primaires comptent une quarantaine d’élèves chacune.» Aidé d’une traductrice locale, il élabore des cours selon les capacités des enfants : «le problème c’est que tous ne peuvent pas être assidus, car beaucoup doivent régulièrement donner un coup de main aux champs…»

«Trouver un alliage entre nos deux cultures»

«Ce qui m’a le plus marqué, c’est la motivation et la politesse des enfants. Là-bas, lorsque l’on rentre dans la classe, les élèves se lèvent et articulent en cœur «bonjour monsieur». Une envie d’apprendre et de «sortir de là» qui séduit notre Toulousain, convaincu d’y revenir… «Le chef du village nous a demandé de ne pas les oublier… Il faut dire que l’intérêt est de s’engager dans le long terme sinon cela ne sert à rien.» Aujourd’hui en première année de soins infirmiers, il tente de faire valider son stage de seconde année au Togo : «j’ai envie d’y développer le volet prévention sanitaire et faire valoir mes nouvelles compétences. Il y a de gros besoins. Je me souviens notamment d’un élève qui avait fait une crise que j’ai rapidement identifiée comme de l’épilepsie, mais tout le monde pensait que c’était contagieux et personne n’a approché l’enfant.» Une prise de conscience sur la nécessité d’apporter des connaissances et un peu de matériel sans toutefois «brusquer la culture locale, qu’il faut prendre en compte.» Sa première rencontre avec l’humanitaire convainc littéralement Pierre. Il explique avoir été abasourdi par la solidarité développée sur place : «ils n’ont rien mais donnent tout, la bas c’est « un pour tous et tous pour un », ils ont beaucoup à nous apprendre ».

www.asso-mhjvdtogo.onlc.fr

 

 

Lionel Enjalran : «L’adaptation, c’est plutôt au retour car le monde tourne moins bien ici…»

Professeur de mathématiques de 32 ans, Lionel raconte avoir été muté en région parisienne, en début de carrière. «J’ai alors fait la connaissance d’élèves d’origine immigrée, ça a été l’élément déclencheur : j’ai voulu aller voir en Afrique comment vivait la famille de mes élèves…» C’est ainsi que tout a commencé, car Lionel n’est pas du genre à faire les choses à moitié. Il part seul, sans même l’aide d’une association, prend un billet d’avion pour le Burkina Faso, avec la vague promesse d’être accueilli par un local à l’aéroport. «Tout le monde m’a cru fou car les arnaques sont nombreuses !» Pourtant, il arrive à bon port et là-bas il y a bien quelqu’un pour lui. Et bien plus encore… «J’ai été très bien reçu, cela reste mon meilleur séjour car j’ai vraiment vécu avec les locaux.» Un mois durant, il donne des cours de soutien en mathématiques dans l’école du village. «Je me suis tellement attaché aux personnes que j’ai voulu revenir». A son retour il crée l’association «Ecole pour tous Ziniaré» afin de proposer une plus grande diversité de cours. Le bureau est familial : «ma mère secrétaire, ma cousine comptable… et beaucoup de collègues et amis motivés pour des dons ou des missions.» Sept ans plus tard, l’association a vu partir 35 professeurs pour faire la classe dans différentes matières : français, anglais, mathématiques, histoire, géographie, sport. En tout, elle permet à 160 enfants d’être scolarisés du CP à la terminale.

«Les blancs de Lionel»

«L’école -même publique- est payante et les frais augmentent avec le niveau, il nous faut donc de plus en plus de fonds et de volontaires !» Chaque été, ce sont donc huit à douze professeurs qui partent cinq à six semaines à Ziniaré. Lionel a même dû revoir son organisation : «au départ, je me refusais à louer un logement de peur de passer pour le «blanc riche», mais aujourd’hui, je déniche une maison avec accès à l’eau et à l’électricité, ce qui rend tout de même les choses plus faciles pour mes bénévoles. Tout ce petit monde est très bien accueilli, les locaux les appellent «les blancs de Lionel»!» Fier de son parcours, Lionel évoque sa plus belle récompense : «chaque élève qui passe son examen est une réussite pour l’association, mais Emmanuel reste ma plus grande fierté, c’est de loin le meilleur élève que nous ayons eu. Il voulait faire médecine mais ses parents le destinaient à devenir douanier (sur place, une profession corrompue et donc très riche, ndlr). L’association a financé ses études : il passe actuellement en 7e année et est second de sa promo.» Animé d’une détermination à toute épreuve, Lionel raconte comment les bénévoles peuvent aider un pays par de simples gestes : «l’un de mes pires souvenir est d’avoir vu un gamin boire dans une flaque de boue, risquant tout un tas d’infections : Je lui ai donné ma bouteille et quelques recommandations car même s’ils sont loin, il y a des puits !» La plus grande difficulté reste selon lui de ne pas trop s’attacher : «il ne faut pas rentrer dans l’affectif outre mesure au risque de devenir indispensable. Or nous devons être une aide mais ils ne doivent pas dépendre de nous.»

www.ecolepourtousziniare.fr

 

Taux de scolarisation au Burkina Faso 33%

Taux de fréquentation au primaire : 49% pour les garçons et 44% pour les filles. Ce taux baisse à partir du collège à 17% pour les garçons et 15% pour les filles.

En 2009, 46 pays avaient plus de 100 000 enfants en âge de fréquenter l’école primaire et qui n’étaient pas scolarisés. (Données statistiques de l’Unicef)

 

Franz le Jannou : «L’équilibre dans l’«inéquilibre»»

Salarié-logisticien pour l’organisation Action contre la Faim (ACF), Franz le Jannou revient d’une mission en Centre-Afrique ; sa deuxième après Haïti. Avant de s’investir dans l’humanitaire, il a notamment été cadre dans une grande entreprise publique française, avant de tout laisser tomber : «J’ai eu une mauvaise expérience» explique-t-il, «on me demandait d’en faire toujours plus. Et il est arrivé un moment où je n’y ai plus trouvé de plaisir. Je ne me considère pas au pays de Candy, il y a des gens qui s’enrichissent sur la misère, mais je me dis qu’aujourd’hui, j’ai l’espoir de travailler plus pour des bénéficiaires que pour de gros actionnaires.» Avant tout adhèrent et donneur à ACF, Franz Le Jannou se dit aussi «attaché au mode de fonctionnement» de cette organisation, «mi-associatif, mi-professionnel, à sa charte et à son objectif final : le traitement de la sous-nutrition aigue et sévère à travers le monde.» Une profession, l’actualité le démontre fréquemment, qui n’est pas sans risques. En août dernier, alors qu’il se trouve à la frontière du Cameroun et du Congo, Franz Le Jannou est victime d’un car-jacking. Sous la menace de kalachnikovs et de lance-roquettes, des rebelles le dévalisent : plus de sac, plus d’argent, plus de chaussures, plus d’ordinateur qui contenait notamment les photos de ces missions… Le thouraya, (téléphone satellitaire), envolé lui aussi. «J’étais averti» explique F. Le Jannou, «Là-bas, les gens sont très attachants mais la corruption est énorme. Pour eux, c’est un modèle de fonctionnement comme un autre. Chacun se sert un petit peu à droite, à gauche. Ensuite il y a un contexte sécuritaire plutôt tranquille mais qui peut passer d’un coup du vert au noir foncé.»

Une «nécessaire» folie

Pourtant, cet événement additionné à des journées de quatorze voire dix-huit heures, six jours sur sept, n’entament pas sa détermination : «Il y a dans ce travail une espèce d’adrénaline qui n’existe nulle part ailleurs» assure ce Toulousain de cœur, sans domicile en France, et qui a toujours ce pied en l’air «au grand désespoir de sa famille» : «Elle préfèrerait que je fasse un métier «normal». Mais c’est dans cet «inéquilibre» que je trouve mon équilibre.» N’attendant «rien en retour de son engagement», Franz Le Jannou évoque cette douce et «nécessaire» folie : «Il faut peut-être avoir un petit grain pour faire ce choix mais si personne ne le fait, on aura encore plus de décalage entre l’Occident et les pays émergents.» Début janvier, à bientôt 40 ans, Franz Le Jannou devrait repartir après ces quelques semaines de repos. Son souhait ? Se rendre en Afghanistan : «Pour en avoir discuté avec beaucoup d’humanitaires, les Afghans sont des gens adorables, très instruits. Il paraît aussi que le pays est très beau… Et puis ici, il fait trop froid (rires)…»

www.actioncontrelafaim.org

 

Action Contre la Faim vient en aide à plus de six millions de bénéficiaires et intervient dans plus de 45 pays dans le monde. Chaque jour, 10 000 femmes et enfants de moins de cinq ans décèdent des conséquences de la sous-nutrition. La faim tue toutes les quatre secondes dans le monde.

 

Bertrand Gardini : «Ces missions nous apprennent à relativiser»

De son côté, Bertrand Gardini rentre à peine de Phnom Penh. Vingt jours passés à opérer, former des internes, et donner des cours. «C’était parfait !» résume-t-il. En 2006, ce chirurgien toulousain cofonde l’association Entendre le Monde. Son objectif : combattre la surdité de l’enfant dans les pays pauvres. Ce fort penchant pour l’humanitaire, Bertrand Gardini l’a en lui depuis la préadolescence : «Quand on était gamins, le déclic est venu de Médecins du Monde et de Médecins Sans Frontières, de toutes ces actions menées à l’époque par Bernard Kouchner. C’est aussi ce qui m’a donné envie de faire médecine, d’être chirurgien» explique-t-il. Aujourd’hui, ce bénévole a derrière lui une vingtaine de missions : avant le Cambodge, il y a eu le Vietnam pour Médecins du Monde mais aussi Madagascar. Il se souvient avec émotion de sa première visite à l’hôpital AngDuong de Phnom Penh : «Parmi tous ces patients, il y avait de nombreux enfants atteints de cholestéatome. C’est une tumeur mortelle de l’oreille qui envahit les méninges et le cerveau. Son traitement est uniquement chirurgical sous microscope.» Se refusant d’abandonner ces «titous» comme il les appelle à leur triste sort, Bertrand Gardini crée ainsi Entendre le monde avec d’autres chirurgiens et anesthésistes.

Un seul objectif : avancer

Humainement et techniquement aussi, il dresse le bilan de ces sept années d’exercice avec l’association qu’il préside : «ce genre de missions nous apprend à relativiser pas mal sur notre profession, sur la qualité de la médecine en France. En réalité, on se rend compte qu’ici, on est super bien formés. Mais elles nous permettent aussi cet échange sur la prise en charge des patients, des techniques, avec des équipes internationales, japonaise, australienne, américaine, sur place elles aussi… Tout le monde a le même objectif : avancer pour le bien des populations et des enfants en particulier.» Il arrive cependant que tout ne se passe pas comme prévu : «quand on nous emmène l’enfant trop tard. Cela nous est arrivé une ou deux fois. Même si maintenant, on parvient à les envoyer sur Singapour, cela reste des moments compliqués…» Mais Bertrand Gardini refait vite surface : «Quand on opère un «titou» à quatre mains, pendant sept-huit heures et qu’à la sortie tout va bien, c’est bien sûr un vrai facteur de satisfaction.» Depuis le début de l’aventure, le docteur Gardini et ses équipes (trois chirurgiens se déplacent chaque fois avec un anesthésiste) ont reçu 3500 patients en consultation. Cent quatre-vingt-cinq d’entre eux ont été opérés, dont 80% d’enfants. Car là-bas, les missions d’Entendre le Monde sont annoncées par voies médiatiques et les personnes se présentant à l’association, atteintes de tumeur, sont parfois aussi des adultes.

Dès janvier 2013, Bertrand Gardini sera à nouveau en partance. Cette fois-ci, cap sur Madagascar, «où tout est prêt pour travailler.» Puis le Cambodge à nouveau. Sans relâche, le chirurgien toulousain et ses équipes poursuivent au pluriel, leur combat.

www.entendrelemonde.org

 

Depuis sa création, Entendre le Monde a opéré 185 patients. L’association organise des missions trois fois par an depuis 2004. Chacune a un coût de 6000 euros environ.

 

 

 



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