Cancun ; Echec assuré ?

Débutée le 29 novembre à Cancun au Mexique, la 16e édition de la Conférence des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui réunit 194 Etats, se terminera le 10 décembre prochain. Après l’échec cuisant de Copenhague fin 2009, l’enjeu est de taille, puisque le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) vient de rappeler que pour maintenir l’augmentation des températures mondiales sous la barre des deux degrés Celsius, les Etats doivent réduire les émissions de gaz à effets de serre de 60 %.

 
Alerte température

Le Met office, le service national britannique de météorologie, vient de publier un rapport sur le réchauffement climatique. Ses conclusions sont tranchées : les températures mondiales sont plus élevées que jamais et la part anthropique, c’est-à-dire liée aux activités humaines, se renforce par rapport à l’an dernier. En fait, les dix dernières années ont connu une augmentation des températures mondiales de 0,13°C contre une moyenne de 0,16°C par décennie depuis 1970. Ceci semblerait donner raison aux climato sceptiques mais en fait ceci est dû à l’augmentation des aérosols, de fines particules comme du souffre, notamment émises dans l’atmosphère par les centrales électriques asiatiques, qui réfléchissent la lumière du soleil et donc provoquent un refroidissement de la température de la surface de la Terre. Un autre facteur réside dans un léger déclin de l’activité solaire qui pourrait avoir comme conséquence supplémentaire de donner des étés très chauds et des hivers très froids. L’année 2010 devrait battre des records de température depuis 1850 et pourrait dépasser les pics de 1998 et 2005, même en cas de léger refroidissement en novembre et décembre. Ce rapport rejoint les précédentes publications de trois grands instituts de recherche : l’unité de recherche climatique de Grande-Bretagne à l’Université d’East Anglia, la NASA et NOAA (Administration nationale océanique et atmosphérique des Etats-Unis).

Ambiance glaciale à Cancun

Malgré le réchauffement confirmé et le climat agréable du Mexique, l’ambiance ne semble pas au beau fixe et ne laisse présager rien de bon sur fond de crise économique mondiale. Force est de constater que les ambitions politiques en faveur du climat sont en berne, tant aux Etats-Unis, avec l’abandon de la loi Cap&Trade sur le climat, qu’en France, avec le report aux calendes grecques de la taxe carbone ou le désossement du ministère de l’environnement. Autre source d’inquiétude, les rivalités exacerbées entre pays du Nord et du Sud, illustrées par l’affrontement entre les Etats-Unis et la Chine, responsables de 50 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui se renvoient la responsabilité du blocage des négociations. L’Union européenne, «bon élève de la lutte contre le réchauffement climatique», apparaît bien seule dans sa volonté d’adopter de nouveaux engagements contraignants de réduction des émissions de CO², pour assurer le relais du protocole de Kyoto qui prend fin dans deux ans. Compte-tenu de l’urgence, les gouvernements vont devoir dépasser leurs divergences et, si un accord global semble hors d’atteinte, avancer concrètement sur des dossiers sectoriels.

 

Une lueur d’espoir

Il serait irréaliste d’attendre qu’à Cancun, l’ensemble des pays puissent signer un accord global et juridiquement contraignant. On peut néanmoins envisager l’adoption d’une série de décisions sur des points importants de la négociation qui sont suffisamment mûrs : la réduction des émissions liées à la déforestation, l’adaptation au changement climatique des technologies et la vérification des réductions d’émissions des pays en développement. En fait l’utopie a été de croire que tout devait passer par un accord global. La réalité est tout autre. Les Etats doivent prendre des engagements à leur portée avant de signer un traité commun. Il était impensable d’imaginer, deux ans avec Copenhague, que des pays comme les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Indonésie s’engageraient et commenceraient à réduire leurs émissions. Des promesses qu’ils n’auraient peut-être pas prises si l’on ne les avait pas laissés se fixer leurs propres objectifs.

 


Tenir les engagements…

L’engagement des pays développés, à Copenhague, consistant à fournir 30 milliards de dollars (23 milliards d’euros) par an d’ici 2012 et 100 milliards (75 milliards d’euros) d’ici 2020 aux pays les plus pauvres pour leur permettre de s’adapter au changement climatique doit être honoré. Pour l’instant, les pays en développement estiment n’avoir pas vu la couleur de cet argent. L’Union européenne doit par ailleurs renforcer ses objectifs de limitation des émissions, en passant de 20 % à 30 % de réduction d’ici 2020 par rapport à 1990. Pour aller de l’avant, l’une des options réside aussi dans la fixation d’engagements sans les Etats-Unis. Certes, ne pas impliquer l’un des deux plus gros pollueurs au monde peut sembler absurde si l’on veut parvenir à réduire de manière conséquente les émissions de gaz à effet de serre, mais Barack Obama n’a pas les mains libres compte-tenu de l’opposition des sénateurs et représentants républicains. La vraie question qui se pose est de savoir si le monde doit  continuer à attendre les Etats-Unis ou si d’autres gouvernements peuvent endosser le rôle de leader néces saire à la mise en place d’une législation forte, sans se soucier de si et quand les Américains y adhèreront ?

Avis d’écologiste
 
Le seul point positif que l’on peut espérer de ce sommet, c’est que les mécanismes de financements issus de Kyoto en 1997 et ceux mis en avant à Copenhague en 2009 soient prolongés pour les premiers et honorés pour les seconds. Tout cela ne peut avoir de réalité que par la mise en place d’une gouvernance mondiale efficace et surtout transparente de ces fonds. Ces éléments permettront réellement aux pays en voie de développement de se fixer des objectifs réalistes à leur portée enclenchant le début d’une vraie prise de conscience qui pourra avoir pour effet de faire boule de neige au niveau planétaire.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.