Cancéropôle sur poudrière

Dans quelques mois, aura lieu sur le site de l’ancienne AZF, l’inauguration des premiers bâtiments du Cancéropôle. Le problème est qu’à moins de 200m, subsiste une véritable poudrière reliquat de la «Grande Guerre».
Nitrocellulose, un puissant explosif

Pendant la “Grande Guerre” de 14-18, Toulouse ravitaillait l’Armée française et ses “casques bleus”, les malheureux Poilus consignés dans les tranchées. Tout ce qui était obus et mortier était propulsé par des charges de poudre qu’on mettait dans des gargousses, des petits sacs emplis de poudre que l’on plaçait au cul des canons. La “Grande Guerre” 14-18 a contribué à l’expansion d’une industrie florissante. Dès 1915, se sont développées la Cartoucherie et la Poudrerie reliées par voie ferrée à l’arsenal. Installée à l’origine, près du quai de Tounis, la Poudrerie est transférée dans l’île du Château (à côté de la cité universitaire Faucher), avant de s’étendre, toujours au sud, entre les bras de la Garonne. Trente mille ouvriers y travaillent, confectionnant poudre et explosifs pour faire parler les canons de 75 et, surtout, les Rimailhos, les fameux “155” dont on ne cessait de vanter la redoutable efficacité. Les militaires au lendemain de la guerre ont stocké les surplus de Nitrocellulose dans des ballastières (sorte de lac rempli d’eau) en bord de Garonne. Si en milieu immergé, cette poudre dite “B” est neutralisée, à l’air libre elle s’enflamme spontanément d’où le risque pour une zone déjà suffisamment meurtrie.

 

Un dossier ancien et opaque

Plusieurs études ont été menées depuis 2000 pour évaluer les quantités existantes. La première fait état de 46 000 tonnes et les suivantes de façon surprenante minimisent les résultats pour aboutir en 2007 à 4 700 tonnes… Tout cela bien sûr ajoute à la psychose locale, on se souvient tous, en tout cas nous qui siégions dans les commissions ad hoc, des «AZF pas de risque industriel…»,martelés par les services de l’Etat avant la catastrophe…Nous avons vu le résultat.

Un dossier qui traîne

Sous la pression de P. Douste-Blazy, alors ministre, Michèle Alliot-Marie, son homologue de la Défense, propriétaire du site, s’était engagée à traiter le problème. Entre incinération sur site, fort polluante en oxyde d’azote pour Toulouse ou transfert vers d’autres sites, fort chers, 3 ans après, rien n’est tranché. Début 2007, puis fin 2007, de mois en semestres, rien ne bouge et la “Grande Muette” ne dit toujours rien ou plutôt qu’une nouvelle étude va être lancée…Selon l’armée «pas de risque», il suffirait d’un vigile chargé d’observer le niveau de l’eau et d’un bon jardinier assurant le niveau et nous pouvons dormir sur nos deux oreilles.

 

Les affaires continuent !

- Fin 2008 : première pierre de la clinique universitaire du cancer. Une prairie est aménagée en bordure de la Garonne. Début des travaux de la chimiothèque de Sanofi.
- Premier semestre 2009 : ouverture des bâtiments Pierre-Fabre, Sanofi et de la pépinière d’entreprises. Première pierre du bâtiment de la recherche publique.
- Fin 2009 : ouverture de la première phase du centre de services communs (restaurant, centre d’affaires, résidence hôtelière).
- Fin 2011 – début 2012 : ouverture de la clinique du cancer avec le transfert des services de l’Institut Claudius-Rigaud. Les premiers malades seront reçus en 2012. Les travaux de terrassement de la clinique universitaire du cancer (CUC) vont commencer d’ici la fin de l’année avec la pose de la première pierre. Mais le gros du chantier débutera réellement en septembre 2009. Le bâtiment coûte 130 millions d’euros pour un projet global de 300 millions d’euros. Le chantier de dépollution des ballastières, sera-t-il achevé lorsque les premiers malades entreront dans la clinique du cancer ? «Nous allons tout faire pour», répond Pierre Cohen, précisant que «la responsabilité en incombait» au ministère de la Défense, «dont les finances sont exsangues».

Avis d’écologiste

Pour avoir passé des années au sein du SPPPI (Secrétariat Permanent pour la Prévention des Problèmes Industriels), cette affaire revêt pour moi un parfum de déjà vu. Tout se passe comme si l’on avait déjà oublié le 21 septembre 2001 et AZF. Pendant des années, nous, associatifs avons entendu : «pas de risques, pas besoin d’exercice d’alerte, la sécurité est maximum tout est prévu…». Inlassablement nous protestions et demandions le transfert du site, plus de transparence mais nous étions face à un mur. Tout cela est consigné dans des comptes-rendus, des PV de séances mais après le drame, des années de procédure, personne n’est responsable de rien. Nous sommes dans le pays de l’irresponsabilité de l’Etat. En revanche, si le simple quidam dévie du droit chemin alors, on le traîne en justice. Si demain, la nitrocellulose provoque une catastrophe, qui sera responsable ? Comme d’habitude, personne. Au fait le maire de Toulouse, n’est-il pas sensé s’intéresser à la sécurité de ses administrés ?



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