Alerte climat !

A neuf mois de la conférence de Copenhague, où la communauté internationale s’est fixé un ultime rendez-vous pour s’accorder sur un plan de réduction des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, rien ne garantit qu’un accord soit trouvé. C’est dans l’espoir de conjurer un possible échec que près de 2 000 scientifiques, parmi lesquels les plus éminents climatologues mondiaux, experts des océans, des glaciers, de l’économie, ou encore de la santé, se sont réunis du 10 au 12 mars dans la capitale danoise. Pour le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat), il s’agit d’assurer la continuité du protocole de Kyoto qui s’achève en 2013 en prenant en compte les nouvelles données climatiques mais aussi politiques avec l’entrée en lice des USA et des pays émergeants.

 
Des scientifiques unanimes

«Imaginez un avion dont la probabilité d’arriver à destination est de 10 %. Monteriez-vous à bord ? Evidemment non…» Stefan Rahmstorf, de l’Institut de recherches de Potsdam sur le climat, aime bien cette métaphore pour expliquer ce qui est en train de se passer : depuis le dernier rapport du GIEC publié en 2007, cette instance sous l’égide de l’ONU est certaine à 90 %, que l’homme est à l’origine de la transformation du climat qui menace les grands équilibres planétaires. Compte tenu de la lourdeur de cette organisation, qui réunit 2 500 chercheurs de 130 pays et dont l’ensemble des publications est soumis au consensus, le prochain rapport ne paraîtra pas avant 2014. Or «les dernières observations confirment que le pire des scénarios du GIEC est en train de se réaliser. Les émissions ont continué à augmenter fortement et le système climatique évolue d’ores et déjà en dehors des variations naturelles à l’intérieur desquelles nos sociétés et nos économies se sont construites», a affirmé le comité scientifique de la conférence. Les prévisions du GIEC anticipent une hausse des températures comprises entre 1,1°C et 6,4°C à la fin du siècle par rapport à la période préindustrielle.

 

Montée des eaux

Stefan Rahmstorf a présenté une étude selon laquelle le niveau des océans pourrait augmenter dans une fourchette de 75 cm à 190 cm d’ici à 2100. Soit bien au-delà des prévisions du GIEC allant de 18 cm à 59 cm. Celles-ci – et le GIEC avait pris soin de le souligner – ne prenaient pas en compte l’évolution des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Or leur rôle serait en réalité majeur, au travers de la fonte des glaces mais surtout de leur “écoulement” dans la mer. «Ce phénomène est beaucoup plus massif et beaucoup plus rapide que nous ne le pensions», confirme Eric Rignot, professeur à l’UC Irvine en Californie. Lucka Kajfez Bogataj, de l’université de Ljubljana (Slovénie), a épluché l’ensemble des études climatiques parues dernièrement. Elle conclut sans hésiter : «L’impact du réchauffement est plus précoce et plus rapide que prévu.» Entre 1990 et 2006, le monde a connu les treize années les plus chaudes depuis 1880, qui marquent le début de l’ère industrielle, cite-t-elle en exemple.

USA, les pieds dans l’eau !

Le réchauffement climatique, qui provoque la montée du niveau des mers et l’aggravation des catastrophes naturelles du type ouragans et tempêtes, menacerait tout particulièrement le Nord-est des États-Unis. Selon une étude de Jianjun Yin du Centre de prévisions atmosphériques et océaniques de l’Université de Floride, la côte du Nord-est des Etats-Unis serait une des plus vulnérables à l’élévation du niveau de la mer et aux catastrophes naturelles, engendrées par le réchauffement climatique. New York, dont de nombreux quartiers ont été bâtis tout juste au-dessus du niveau de la mer devrait subir une montée du niveau des mers supérieure de 21 centimètres à l’élévation moyenne des mers du globe. L’étude a constaté un ralentissement de la transformation des eaux chaudes salées en eaux froides moins salées, phénomène appelé le “tapis roulant” de l’Atlantique, qui représente un élément déterminant du climat mondial. Il provoquerait des tempêtes plus fréquentes et plus violentes, responsables d’importantes inondations côtières.

 

Ecosystèmes mis à mal

Spécialiste des écosystèmes, Andreas Fischlin, de l’Institut fédéral de technologie de Zurich, lance un cri d’alerte : «Les écosystèmes stockent 25 % des émissions mondiales de carbone. Cette capacité de stockage devrait culminer vers 2050, avant que les écosystèmes fragilisés par le réchauffement ne se mettent à leur tour à relâcher du CO2 dans l’atmosphère aggravant ainsi le phénomène. Ce problème est beaucoup plus important que nous ne le pensions il y a cinq ans.» Ce que les scientifiques ont baptisé des tipping points, soit des seuils au-delà desquels les conséquences du réchauffement deviennent irréversibles et incontrôlables, pourraient être plus bas. «Nous pensions que la survie des ours polaires serait menacée à partir d’une hausse des températures de 2,8°C, il est probable que cela soit déjà vrai à partir de 1,5°C», avance ce scientifique. La richesse des hotspots (“points chauds”) de la biodiversité, ces régions qui concentrent quantité d’espèces rares ou endémiques, serait en danger à partir d’un réchauffement de 1,6°C. «Les nouveaux modèles dont nous disposons nous montrent que beaucoup de seuils de rupture se trouvent dans la bande des 2°C à 3°C. Et qu’il faudrait mieux garder une distance de sécurité pour ne pas risquer de s’en approcher», poursuit le chercheur. Sir Nicholas Stern, auteur du célèbre rapport sur “l’économie du changement climatique”, a indiqué que «le coût de l’inaction sera largement supérieur à ce qu’il avait présenté en 2006».

 

Avertissement clair aux politiques

Présent à Copenhague, le président du GIEC, Rajendra Pachauri, n’est pas sorti de son devoir de réserve mais, à neuf mois de l’échéance, il a jugé «utile que cette conférence rappelle aux politiques qu’il existe une crise plus grave que la crise économique». James Hansen, le célèbre climatologue de la NASA qui fut l’un des premiers à alerter en 1988 sur les dangers du réchauffement, a été plus direct : «Il faut que l’opinion soit sûre d’une chose. Les scientifiques sont clairs. Il n’existe pas de grosses incertitudes sur le film qui est devant nous. Et les politiques ne peuvent pas s’abriter derrière de prétendues inconnues pour ne pas agir.» En clair, les scientifiques ont fait leur travail. Aux politiques maintenant de faire le leur.

 

L’Europe monte au créneau

Le Commissaire européen à l’environnement Stavros Di-mas a prévenu : il faut se préparer au réchauffement cli- matique et à ses conséquen-ces, car les mesures prises risquent d’être insuffisantes comparativement à l’emballement du climat. «Les pénuries en eau affectent 14 de nos États, soit 100 millions de personnes. Depuis 1998, nous avons connu 100 grandes inondations qui ont fait plus de 700 morts, déplacé un demi million de personnes et causé pour 25 milliards d’euros de dégâts», a-t-il déclaré. «Ouragans, sécheresses, inondations, nous devons éviter que les extrêmes ne deviennent de plus en plus fréquents et graves», a-t-il ajouté. «Une réduction de 30 % des gaz à effet de serre pourrait ne pas suffire si nous ne voulons pas dépasser un réchauffement de 2 degrés Celsius en 2050» a affirmé le Commissaire européen à l’environnement. Il souhaiterait que tous les pays développés fournissent un effort comparable de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Avis partagé par les pays émergents, à l’image de l’Inde et de la Chine présents à Bonn, qui réclament plus d’effort de la part des pays développés.

Barack Obama s’engage

Si la nouvelle administration américaine vient de prendre conscience de l’enjeu planétaire en s’engageant à ramener en 2020 leurs émissions de gaz à effet de serre à leur niveau de 1990, cela ne se fera qu’au travers d’une mobilisation générale des Etats. «Nous ne pouvons pas chevaucher seuls le cheval blanc et tout régler» a expliqué Todd Stern, envoyé spécial des États-Unis à Bonn, ajoutant que «l’enjeu fondamental sera de réfléchir aux actions que pourront conduire la Chine et les pays en développement». «Nous pensons que d’ici 2020, (les pays développés) devraient réduire leurs émissions d’au moins 40 % en dessous des niveaux de 1990», a rétorqué le délégué chinois Xu Huaqing, dont le pays a récemment détrôné les États-Unis à la première place du plus gros émetteur de CO2 mondial. Parvenir à un accord dans ce contexte s’annonce compliqué, et les débats d’ici décembre, particulièrement houleux.

 

Avis d’écologiste

Copenhague en décembre se-ra peut-être la dernière chance avant l’irréversible. A ceux qui doutaient de la réalité du réchauffement climatique, les scientifiques du monde entier ont répondu clairement d’une seule voix que la crise climatique était à notre porte et que ses conséquences sociales, humaines et économiques n’auraient rien à voir avec notre dérèglement économique actuel. Les politiques sont au pied du mur et la position de Barack Obama est significative (enfin) d’une prise de conscience universelle. Si nous sommes aujourd’hui dans des turbulences économiques, demain nous devrons faire face à un bouleversement que nous avons peine à envisager. L’Afrique et une partie de l’Asie deviendront invivables provoquant des migrations climatiques et des conflits partout sur la planète. Alors plus que jamais l’Europe doit peser et parler d’une seule voix pour que les Etats prennent les mesures qui s’imposent pour protéger notre futur en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard. Cela constitue aussi un enjeu pour les élections européennes de Juin 2009.



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