Alerte aux frelons !

Voilà plusieurs fois ces dernières années que nous évoquons dans le JT, la menace que fait peser sur les abeilles et au travers de nos butineuses sur l’ensemble de l’écosystème, l’invasion de nos territoires par le “Vespa Velutina” plus connu sous le nom de frelon asiatique. Colonisant de plus en plus notre proche environnement, il a du mal à partager l’espace avec l’Homme et les attaques se multiplient posant une véritable question de sécurité publique ; le tout, dans l’indifférence générale.

 
Un cadeau chinois

Il a débarqué en 2004 dans le Lot-et-Garonne, par le truchement d’une reine en hibernation dans le fond d’une poterie importée de Shanghai. Réveil prolifique ! Car depuis son arrivée, “Vespa velutina” a colonisé la France à la vitesse d’un bolide. Quarante départements sont aujourd’hui touchés et rien ne semble en mesure d’endiguer une expansion printanière et estivale qui avale une centaine de kilomètres par an. Outre l’Aquitaine, le centre et Midi-Pyrénées, le frelon asiatique a pointé son dard l’été dernier en Bourgogne. Il est désormais aux portes de la Lorraine et de la Franche-Comté où ses 50 mm de long et son abdomen noir parachevé de jaune orangé épouvantent déjà apiculteurs et promeneurs. Contrairement à son cousin endogène, “Vespa crabro”, le frelon européen, le prédateur exotique voue une prédilection pour les butineuses domestiques qu’il intercepte lorsqu’elles rentrent gorgées de pollen en se positionnant à plusieurs en vol stationnaire devant la ruche. Une technique de raid collectif très efficace. Une fois capturée, l’abeille est décapitée puis dévorée. Sympathique non ?… Ce frelon !

Pas dangereux pour l’Homme…
Qu’ils disaient !

Les premières déclarations de nos spécialistes se voulaient rassurantes : «Ils sont assez timides et craignent la présence de l’Homme. Peu agressifs, ils ne sont pas con- sidérés comme un réel danger pour l’humain. Ni plus ni moins que l’habituel frelon européen» disaient-ils. La réalité, quelques années après est toute autre. En 2008, l’insecte a fait sa première victime en Dordogne avant en 2009 de s’attaquer à six paisibles promeneurs qui s’en tireront avec un séjour pro- longé à l’hôpital. En juin dernier, c’est une femme de 59 ans qui a succombé aux mortelles piqûres en Gironde avant que ces dernières semaines, un habitant de Lherm à côté de Muret prenant un repas en plein air avec des amis n’a été piqué à la main alors qu’il cherchait à éloigner les insectes avec un torchon. Il a très rapidement perdu connaissance et les secours n’ont pas pu le ranimer. Le week-end dernier, c’est un groupe d’une quinzaine d’adeptes du VTT qui a été attaqué en forêt de Bouconne par une horde de kamikazes occasionnant des hospitalisations. «J’en avais un sur mon gant en cuir», raconte Michael A., «qui essayait de me piquer et je sentais comme une pointe contre ma peau essayant de se frayer un passage…» Il faut dire qu’avec 6 millimètres de dard, l’insecte est équipé pour traverser tous les vêtements. Les combinaisons d’apiculteurs sont inopérantes et il faut carrément un scaphandre pour les approcher sans risques.
A quoi le reconnaît-on ? Alors que l’habituel frelon européen est jaune et noir avec du rouge par endroits (tête, thorax, pattes), le frelon asiatique est presque entièrement noir avec des pattes jaunes et une bande orange sur l’abdomen. Il est un peu plus petit que l’européen, mais son nid est deux fois plus gros.

Comment le combattre ?

«Maintenant que ce frelon est bien installé dans le pays, il est impossible de l’éradiquer», observe Henri Clément, président de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF). «Pour freiner sa prolifération, le mieux est de s’attaquer aux nids souvent situés dans les arbres ou de poser des pièges près des ruches.» Même si le meilleur moment pour les piéger semblent être les premiers jours de mars, période pendant laquelle les reines sont fragiles, affaiblies car elles n’ont pas mangé depuis plusieurs mois, l’on peut néanmoins essayer de les piéger toute l’année. Le dispositif est simple, constitué d’une bouteille d’eau minérale coupée au tiers supérieur et renversée pour former un entonnoir. En guise d’appât, nous trouvons plusieurs méthodes. On y place un cocktail de bière brune mélangée à du vin blanc et aromatisée au sirop de cassis ou de framboise ou des sucres fermentés, avec du jus de pomme, des liquides appréciés des frelons asiatiques mais moins des frelons européens, guêpes et autres insectes ou papillons. Quant à la destruction des nids, gare aux piqûres, car le frelon asiatique est très agressif dès que l’on menace son logis. «Huit à douze piqûres peuvent provoquer un empoisonnement sérieux qui nécessite une hospitalisation», ajoute l’UNAF qui s’inquiète de la lenteur des pouvoirs publics pour organiser la riposte. Surtout lorsque l’on traite par des produits chimiques un nid, il faut attendre pour l’enlever la nuit pour laisser le temps à tous les frelons de revenir au bercail et d’y mourir sous l’effet des produits sinon la colonie se disperse et va reconstruire ailleurs. Les scientifiques de l’INRA et du CNRS tentent actuellement de mettre au point une phéromone, autrement dit une substance d’attraction sexuelle, pour éviter le développement des reines fondatrices de colonies.

Avis d’écologiste

Il y a quelques années et puis quelques mois, je décrivais  dans ce journal, le rôle primordial que jouaient les abeilles dans la pollinisation des nombreuses espèces végétales et l’enjeu que représentait pour l’humanité leur sur- vie. Décimées par les produits de Bayer & Cie (Régent et autres), attaquées par les frelons asiatiques, je rappelais que leur destin et par voie de conséquence le nôtre, paraissaient incertains si nous ne prenions pas le problème au sérieux. Aujourd’hui, en plus d’un drame écologique, nous sommes en face d’un problème de sécurité publique. Nul n’est à l’abri, au fond de son jardin ou lors d’une promenade en famille, de se trouver confronté à des frelons. On peut se demander en regard des enjeux, pourquoi les pouvoirs publics ne prennent toujours pas la mesure du problème. Il est urgent de créer un point d’accueil dans chaque département pour centraliser les informations et coordonner la lutte contre ce fléau volant. Si vous repérez un nid, parfois dans une simple haie, un tas de branchage, surtout ne vous en approchez pas et prévenez votre mairie. Le coût d’une intervention par des spécialistes se situant autour de 150 € et n’étant pas toujours à portée de tous, il faut que les collectivités s’organisent pour prendre en charge les destructions.



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