Alerte au formaldéhyde !

Dans le cadre de sa mission d’expertise et de sécurité sanitaire, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET) a été saisie en novembre 2004 par les ministères chargés de la santé et de l’écologie pour procéder à une évaluation des risques liés à la présence de formaldéhyde dans les environnements intérieurs et extérieurs. Les résultats qui viennent d’être publiés sont pour le moins inquiétants.
Nous passons près de 90 % de notre vie à l’intérieur de bâtiments, et il est scientifiquement démontré d’une manière évidente que l’air à l’intérieur d’un habitat peut être plus pollué que l’air extérieur, pollution que l’on appelle “indoor”. L’emploi de certains matériaux pouvant avoir des conséquences fâcheuses sur notre bien-être et sur notre santé, une liste exhaustive de ces polluants est difficile à établir mais on peut néanmoins retenir trois catégories principales: les polluants chimiques, comprenant les composés organiques volatils, le monoxyde de carbone… ; les polluants physiques comme les fibres minérales artificielles, les particules… ; et les polluants microbiologiques comme les bactéries, les moisissures. Plusieurs de ces polluants ont déjà fait l’objet d’actions publiques importantes et leur utilisation est maintenant interdite.
Les composés organiques volatils (COV) regroupent des composés chimiquement différents : hydrocarbures aromatiques, benzène, toluène et xylène, formaldéhyde, phénol, urée-formol, cétones, acétone, alcools, alcanes, aldéhydes. Les COV contenus dans les matériaux de construction pourront inhaler parfois pendant plusieurs mois, voire plusieurs années dans des espaces clos tels qu’un habitat. Ils sont notamment présents dans les mousses isolantes, les peintures et les vernis, les diluants, les moquettes, le linoléum non naturel, les bois des charpentes et des planchers, les bombes aérosols, certaines colles, les produits de nettoyage. La concentration de COV à l’intérieur des bâtiments étant souvent supérieure à celle de l’environnement extérieur, ces composés peuvent s’avérer nocifs pour la santé et provoquer des pathologies allant de l’irritation de la peau et des muqueuses, aux nausées, maux de tête, voire entraîner une altération de la fertilité, et même générer des cancers.


 

Le formaldéhyde cancérigène

Le plus connu des aldéhydes est le formaldéhyde qui est un composé chimique dérivé du formol (classé cancérigène par l’OMS depuis juin 2004) et qui se distingue des autres composés organiques volatils par le fait qu’il est présent dans de très nombreux produits d’usages courants : mousses isolantes, laques, colles, vernis, encres, bois, résines, papier, produits ménagers, pesticides. Il est également présent dans les panneaux dérivés du bois ainsi que dans les vitrifiants pour parquets et certaines fibres minérales artificielles. Le taux de formaldéhyde à l’intérieur d’un habitat peuvent atteindre des valeurs relativement élevées, qui vont ensuite diminuer, mais très lentement.  
Les fibres minérales artificielles concernent tous les types de fibres constituant les laines isolantes, principalement libérées dans l’air lors de leur mise en place ou de leur enlèvement, et vont polluer l’air ambiant toute leur durée de vie. Si le bois brut est le plus naturel des matériaux, les produits employés pour son traitement et son imprégnation contiennent des substances souvent dangereuses pour la santé et nuisibles pour l’environnement qui vont rediffuser dans l’atmosphère. Ces produits sont tous des pesticides, fongicides, bactéricides et insecticides, à base de composés organo-chlorés (tous à base de chlore).
On privilégiera l’emploi des essences de bois naturellement résistantes : le châtaignier, le chêne, le hêtre, le mélèze, le pin, le redwood, le western red cedar, de qualité secs et résistants et qui se passeront de traitements insecticides et fongicides.
Les métaux lourds sont présents partout dans notre environnement et proviennent de sources multiples : l’industrie, les produits chimiques, les gaz d’échappement. Ils sont surtout présents dans les peintures au plomb, à l’étain et au cadmium, certains sols peuvent également être contaminés. Le PVC ou polychlorure de vinyle est né au début du XXème siècle d’un déchet que produisait en grande quantité l’industrie chimique: le chlore. Son grand défaut depuis sa fabrication jusqu’au stade ultime de son élimination est qu’il fait courir de grands dangers à notre santé et à notre environnement. On lui préfèrera le polyéthylène ou le polypropylène nettement moins toxiques et polluants lors de leur fabrication et de leur recyclage.

 

AFSSET : Une exposition majeure dans les logements

Après plus de trois ans de travaux, cet organisme vient de publier les résultats de son expertise. Elle remarque qu’une exposition ai-guë au formaldéhyde liée à l’utilisation de produits de consommation courante dans des conditions normales d’utilisation, peut conduire à des irritations oculaires et nasales. En environnement intérieur plus particulièrement, l’Afsset estime que la majorité de la population française est exposée. Les mesures d’exposition réalisées attestent en effet d’un dépassement des valeurs toxiques de références chroniques protégeant de ces irritations dans les logements. En revanche, dans les lieux clos fréquentés par les enfants et dans les bureaux, l’Afsset ne signale pas de dépassement des concentrations à risque mais fait part de son inquiétude concernant l’exposition fréquente. Concernant le risque cancérogène, elle considère que le risque pour la population de développer un cancer du nasopharynx suite à l’inhalation de formaldéhyde n’est pas avéré aux vues des niveaux de concentration mesurés actuellement dans l’air. Toutefois, elle rappelle que l’effet combiné du formaldéhyde à d’autres composés n’a pas été étudié.En attendant d’en savoir plus, l’agence conseille de limiter l’usage du formaldéhyde et de définir des limites de concentration maximale dans les produits de construction et de consommation. Elle rappelle l’existence du protocole «Procédure de qualification des produits de construction sur la base de leurs émissions de composés organiques volatils, de formaldéhyde et de critères sanitaires» élaboré par ses soins pour les produits de construction solides. L’Afsset estime qu’il faut aller plus loin et étendre cette procédure de qualification aux autres sources de COV notamment les produits de construction liquides et le mobilier. Elle place également l’amélioration de l’étiquetage des produits au cœur de ses recommandations de manière à limiter l’usage des produits les plus émissifs. Enfin, l’agence rappelle qu’il est nécessaire de ventiler le plus possible les environnements intérieurs pour limiter l’accumulation des polluants.

Avis d’écologiste

Le formaldéhyde est classé depuis 2004 comme étant «cancérigène», alors pourquoi ne pas l’interdire ? Faudra t-il attendre comme pour l’amiante, d’écouler les stocks mondiaux ? Que font les associations de consommateurs ? En lieu et place de soutenir de façon inconditionnelle la mise en place de toujours plus de grandes surfaces ou de batailler sur le prix du SMS, pourquoi ne pas s’attaquer à ces problèmes de santé publique et exiger des étiquetages clairs sur les risques à utiliser certains produits ? Le consommateur doit reprendre le pouvoir en exigeant des produits sains et sécurisés, nous en sommes encore loin. Il nous appartient de nous organiser pour faire face au rouleau compresseur de la grande distribution.



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