Agriculture bio en danger !

Les Français sont de plus en plus conscients de l’enjeu de santé lié à leurs habitudes alimentaires. La mise en lumière, par des médias de plus en plus décomplexés, des risques liés à la présence de pesticides et autres produits chimiques dans nos assiettes, amène nos concitoyens à se tourner vers les filières plus sécurisées dont le bio fait partie. Dans ce contexte, on peut se demander pourquoi la loi de finances 2011, s’attaque aux aides d’un secteur en pleine expansion représentant de plus, un enjeu majeur de santé publique.

 
Le secteur Bio

Début 2011, il y avait 20 600 agriculteurs Bio en France, soit une croissance de 50 % par rapport à 2008. Parallèlement, la superficie des surfaces agricoles utiles (SAU) en agriculture biologique a augmenté de 40 % sur la même durée. Fin 2010 on dénombrait 836 000 hectares exploités dont 576 000 en agriculture labellisée et 261 000 en conversions.  Mais, malgré cet essor, en 2010 le Bio ne représentait que 2,9 % de nos moyens de production agricole, bien loin des engagements du Grenelle de l’environnement qui prévoyait 6 % en 2012 et 20 % en 2020… Si nous comparons avec nos voisins allemands, italiens et scandinaves qui atteignent les 9 %, nous sommes bons derniers de la classe… Chez nous, c’est la région Languedoc-Roussillon, suivie de près par Midi-Pyrénées qui avec plus de 2 200 exploitations, tire le secteur vers le haut. 

Bio encore confidentiel mais en pleine croissance

Les études montrent que le marché des produits Bio devrait atteindre 3,70 milliards d’euros en 2012, contre 2,6 milliards en 2009. En 2010, 7 % des consommateurs ont consommé Bio tous les jours, 20 % au moins une fois par semaine, 43 % au moins 1 fois par mois. Par contre, le hic est que nous importons 68 % des fruits et légumes (surtout les fruits exotiques) pour satisfaire une forte demande. Parmi les raisons qui poussent à consommer Bio, à 92 %, le souci de la santé suivi de très près (89 %) par la recherche de la qualité et de l’authenticité du goût avec toujours en toile de fond, la volonté de contribuer à préserver l’environnement et les emplois qui vont avec.

 

Une filière fragilisée par la loi de finances 2011

La loi de finances 2011 qui réduit de moitié (2 000 au lieu de 4 000 €) le montant du crédit d’impôt sur le revenu dont bénéficient les agriculteurs convertis à l’agriculture biologique, et supprime les quelques rares niches fiscales associées aux prêts verts risque de porter un coût fatal au dynamisme de la filière. Cette décision basée sur des réductions budgétaires drastiques, met à mal l’effort des Régions destiné à soutenir le concept des circuits courts et le modèle des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) qui participe activement à la diffusion d’un mode de distribution solidaire au niveau des territoires.  Néanmoins, le fonds Avenir bio du gouvernement, promu en 2008, et qui a soutenu la croissance en 2010 de 35 programmes de structuration des filières bio est reconduit en 2011 avec un appel à projet en cours de dépouillement.

Spéculation foncière

L’un des freins au développement de la filière réside dans la difficulté de trouver des terres à louer ou à acheter. Selon la FAO (Agence des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation), pour faire face à la croissance démographique – correspondant à plus de 2 milliards de bouches supplémentaires à nourrir d’ici 2050 – il faudra accroître la production agricole mondiale de 70 %, correspondant à une augmentation des terres arables de plus de 100 millions d’hectares. Selon les Nations unies, 30 millions d’hectares de terres auraient été achetés ou loués par des capitaux étrangers sur les trois dernières années. Soit la surface agricole de la France. Cette ruée vers l’or vert n’est pas prête de s’arrêter. D’après la FAO, sur 2,7 milliards d’hectares de terres cultivables dans le monde, seuls 1,5 milliards sont effectivement utilisés. Pour les pays riches, membres de l’OPEP ou pays émergeants, l’Amérique du sud et l’Afrique sont des proies rêvées et une nouvelle colonisation, agricole cette fois, est en marche au détriment de la sécurité alimentaire locale spoliée par des dictateurs peu soucieux de l’avenir de leurs peuples.

 

La résistance s’organise

Au niveau français, même si le phénomène est moins important, pour faire face aux spéculateurs de tous poils, des associations telles que “terre de liens”, qui se déclinent au niveau local, organisent des collectes de fonds afin de financer l’achat de terre et les louer afin d’aider à l’installation de jeunes agriculteurs sur les filières Bio, Biodynamiques et paysannes. Les fonds récoltés bénéficiaient de 25 % de réduction fiscale plafonnée. La nouvelle loi de finances supprimant le dispositif risque de freiner l’ardeur des investisseurs…

Regard de citoyen

Le week-end dernier en Charente, j’ai rencontré deux couples d’une trentaine d’années qui se sont lancés dans la production maraîchère Bio sur six hectares. Plein d’entrain, préparant les semis de printemps, ils m’ont avoué que depuis deux ans et demi bientôt, ils ne se payaient pas, se contentant de couvrir les frais en vivant sur leurs économies. En dernière année de reconversion, ils attendent le label AB pour pouvoir obtenir des aides… et se battent avec la SAFER, pour proroger des baux temporaires dans l’attente de pouvoir se projeter sur le long terme en se plaçant sous la “protection” de “terre de liens” ou de pouvoir acheter à prix d’or leur terre. Leur récompense c’est que les clients sont au rendez-vous et qu’ils vendent toute leur production sur les marchés locaux ! Alors messieurs les décideurs, vous pour qui l’agriculture se résume parfois à une visite porte de Versailles et à un salon, regardez cette France d’en bas qui se lève tôt et se couche tard pour trois fois rien : elle est notre avenir et celui de nos enfants ! Alors si nous devons faire des économies budgétaires, ne nous trompons pas de cible, l’agriculture est loin d’être un paradis fiscal.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.